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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE VII. ( 1743 - 1744 .) 311

Nyon sans voir mon père : non qu’il ne m’en coûtât extrêmement,mais je n’avois pu me résoudre à me montrer à ma belle-mèreaprès mon désastre, certain qu’elle méjugerait sans vouloir m'é-couter. Le libraire Duvillard, ancien ami de mon père, me re-procha vivement ce tort. Je lui en dis la cause ; et, pour le répa-rer sans m’exposer à voir ma belle-mère, je pris une chaise, etnous fûmes ensemble à Nyon descendre au cabaret. Duvillards’en fut chercher mon pauvre père, qui vint tout courant m’em-brasser. Nous soupâmes ensemble, et, après avoir passé une soiréebien douce à mon cœur, je retournai le lendemain matin à Genèveavec Duvillard, pour qui j’ai toujours conservé de la reconnois-sance du bien qu’il me fit en cette occasion.

Mon plus court chemin n’étoit pas par Lyon; mais j’y vouluspasser pour vérifier une friponnerie bien basse de M. de Mon-taigu. J’avois fait venir de Paris une petite caisse contenant uneveste brodée en or, quelques paires de manchettes et six pairesde bas de soie blancs; rien de plus. Sur la proposition qu’il m’enfit lui-même, je fis ajouter cette caisse, ou plutôt cette boîte, à sonbagage. Dans le mémoire d’apothicaire qu’il voulut me donneren paiement de mes appointements, et qu’il avoit écrit de sa main.il avoit mis que cette boîte, qu’il appeloit ballot, pesoit onze quin-taux, et il m’en avoit passé le port à un prix énorme. Par les soinsde M. Boy de La Tour, auquel j’étois recommandé par M. Ro-guin, son oncle, il fut vérifié sur les registres des douanes de Lyonet de Marseille que ledit ballot ne pesoit que quarante-cinq livres ,et n’avoit payé le port qu’à raison de ce poids. Je joignis cet ex-trait authentique au mémoire de M. de Montaigu ; et, muni deces pièces et de plusieurs autres de la même force, je me rendisà Paris, très impatient d’en faire usage. J’eus, durant toute cettelongue route, de petites aventures à Côme en Valais et ailleurs.Je vis plusieurs choses, entre autres les îles Borromées, qui méri-teraient d’être décrites ; mais le temps me gagne, les espionsm’obsèdent; je suis forcé de faire à la hâte et mal un travail quidemanderait le loisir et la tranquillité qui me manquent. Si jamaisla Providence, jetant les yeux sur moi, me procure enfin des joursplus calmes, je les destine à refondre, si je puis, cet ouvrage, ouà y faire du moins un supplément dont je sens qu’il a grand be-soin (').

Le bruit de mon histoire m’avoit devancé, et en arrivant je

('} J‘ai renoncé à ce projet. —Cettenotc n’est'point dans le premier manuscrit.