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Tome premier.
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322
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322 LES CONFESSIONS.

« croquis à M. le duc de Richelieu, comptant qu’il ne serviroit« pas, ou que je le corrigerois. Heureusement il est entre vos« mains, vous en êtes le maître absolu ; j’ai perdu entièrement« tout cela de vue. Je ne doute pas que vous n’ayez rectifié toutes« les fautes échappées nécessairement dans une composition si ra-« pide d’une simple esquisse, que vous n’ayez suppléé à tout.

« Je me souviens qu’entre autres balourdises il n’est pas dit,« dans ces scènes qui lient les divertissements, comment la prin-« cesse Grenadine passe tout d’un coup d’une prison dans un« jardin ou dans un palais. Comme ce n’est point un magicien qui« lui donne des fêtes, mais un seigneur espagnol, il me semble« que rien ne doit se faire par enchantement. Je vous prie, mon-« sieur, de vouloir bien revoir cet endroit, dont je n’ai qu’une« idée confuse. Voyez s’il est nécessaire que la prison s’ouvre, et« qu’on fasse passer notre princesse de cette prison dans un beau« palais doré et verni, préparé pour elle. Je sais très bien que tout« cela est fort misérable, et qu’il est au-dessous d’un être pensant« de faire une affaire sérieuse de ces bagatelles ; mais enfin, puis-« qu’il s’agit de déplaire le moins qu’on pourra, il faut mettre le« plus de raison qu’on peut, même dansun mauvais divertisse-« ment d’opéra.

« Je me rapporte de tout à vous et à M. Ballod, et je compte« avoir bientôt l'honneur de vous faire mes remercîments, et de« vous assurer, monsieur, à quel point j’ai celui d’être, etc.»

Qu’on ne soit pas surpris de la grande politesse de cette lettre,comparée aux autres lettres demi-cavalièresqu’il m’aécritesdepuisce temps-là. Il me crut en grande faveur auprès de M. de Riche-lieu; et la souplesse courtisane qu’on lui connoît l'obligeoit abeaucoup d’égards pour un nouveau venu, jusqu’à ce qu’il connûtmieux la mesure de son crédit.

Autorisé par M. de Voltaire et dispensé de tous égards pourRameau, qui ne c herchoit qu’à menuire, je me mis au travail, eten deux mois ma besogne fut faite. Elle se borna, quant aux vers,à très peu de chose. Je tâchai seulement qu’on n’y sentit pas ladifférence des styles; et j’eus la présomption de croire avoirréussi. Mon travail en musique fut plus long et plus pénible : ou-tre que j’eus à faire plusieurs morceaux d’appareil, et entre au-tres l’ouverture, tout le récitatif dont j’étois chargé se trouva d’unedifficulté extrême, en ce qu’il falloit lier, souvent en peu de verset par des modulations très rapides, des symphonies et des choeurs