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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE VII. (1745-1747.) 323

dans des tons fort éloignés : car, pour que Rameau ne m’accusâtpas d’avoir défiguré ses airs, je n’en voulus changer ni transpo-ser aucun. Je réussis à ce récitatif. Il étoit bien accentué, pleind’energie, et surtout excellemment modulé. L’idée des deuxhommes supérieurs auxquels on daignoit m’associer m’avoitélevé le génie ; et je puis dire que, dans ce travail ingrat et sansgloire, dont le public ne pouvoit pas même être informé, je metins presque toujours à côté de mes modèles.

La pièce, dans l’état où je l’avois mise, fut répétée au grandthéâtre de l’Opéra. Des trois auteurs je m’y trouvai seul. Voltaireétoit absent, et Rameau n’y vint pas, ou se cacha.

Les paroles du premier monologue étoient très lugubres ; envoici le début :

O mort ! viens terminer les malheurs de ma vie.

Il avoit bien fallu faire une musique assortissante. Ce fut pour-tant là-dessus que madame de La Poplinière fonda sa censure, enm’accusant, avec beaucoup d'aigreur, d’avoir fait une musiqued’enterrement. M. de Richelieu commença judicieusement pars’informer de qui étoient les vers de ce monologue. Je lui présen-tai le manuscrit qu’il m’avoit envoyé, et qui faisoit foi qu’ils étoientde Voltaire. En ce cas, dit-il, c’est Voltaire seul qui a tort. Du-rant la répétition, tout ce qui étoit de moi fut successivement im-prouvé par madame de La Poplinière, et justifié par M. de Ri-chelieu. Mais enfin j’avois affaire à trop forte partie, et il me futsignifié qu’il y avoit à refaire à mon travail plusieurs choses surlesquelles il falloit consulter M. Rameau. Navré d’une conclusionpareille, au lieu des éloges que j’attendois, et qui certainementm’étoient dus, je rentrai chez moi la mort dans le cœur. J’ytombai malade, épuisé de fatigue, dévoré de chagrin; et de sixsemaines je ne fus en état de sortir.

Rameau, qui fut chargé des changements indiqués par madamede La Poplinière, m’envoya demander l’ouverture de mon grandopéra, pour la substituer à celle que je venois de faire. Heureuse-ment je sentis le croc-en-jambe, et je la refusai. Comme il n’yavoit plus que cinq ou six jours jusqu’à la représentation, il n’eutpas le temps d’en faire une, et il fallut laisser la mienne. Elleétoit à l’italienne, et d’un style très nouveau pour lors en France.Cependant elle fut goûtée, et j’appris par M. de Valmalette, maî-tre-d’hôtel du roi, et gendre de M. Mussard, mon parent et mon