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Tome premier.
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324 LES CONFESSIONS,

ami, que les amateurs a voient été très contents de mon ouvrage,et que le public ne l’avoit pas distingué de celui de Rameau.Mais celui-ci, de concert avec madame de La Poplinière, prit desmesures pour qu’on ne sût pas même que j’y avois travaillé. Surles livres qu’on distribue aux spectateurs, et où les auteurs sonttoujours nommés, il n’y eut de nommé que Voltaire ; et Rameauaima mieux que son nom fût supprimé que d’y voir associer lemien (*).

Sitôt que je fus en état de sortir, je voulus aller chez M. deRichelieu. Il n’étoit plus temps ; il venoit de partir pour Dunker-que, où il devoit commander le débarquement destiné pour l’É-cosse. A son retour, je me dis, pour autoriser ma paresse, qu’ilétoit trop tard. Ne l’ayant plus revu depuis lors, j’ai perdu l’hon-neur que méritoit mon ouvrage, l’honoraire qu’il devoit me pro-duire ; et mon temps, mon travail, mon chagrin, ma maladie etl’argent qu’elle me coûta, tout cela fut à mes frais, sans me ren-dre un sou de bénéfice, ou plutôt de dédommagement. R m’a ce-pendant toujours paru que M. de Richelieu avoit naturellementde l’inclination pour moi et pensoit avantageusement de mes ta-lents ; mais mon malheur et madame de La Poplinière empêchè-rent tout l’effet de sa bonne volonté.

Je ne pouvois rien comprendre à l’aversion de cette femme, àqui je m’étois efforcé de plaire et à qui je faisois assez régulière-ment ma cour. Gauffecourt m’en expliqua les causes : D’abord,me dit-il, son amitié pour Rameau, dont elle est la prôneuse entitre, et qui ne veut souffrir aucun concurrent; et de plus un pé-ché originel qui vous damne auprès d’elle, et qu’elle ne vous par-donnera jamais, c’est d’être Genevois. Là-dessus il m’expliquaquel’abbéHubertquil’étoit, et sincère ami deM. de La Poplinière,avoit fait ses efforts pour l’empêcher d’épouser cette femme qu’ilconnoissoit bien, et qu’après le mariage elle lui avoit voué unehaine implacable ainsi qu’à tous les Genevois. Quoique La Popli-

(*) L’imprimé (brochure in-4° de 14 piges) ne porte les noms ni de l’auteur des pa-roles ni de celui de la musique, mais seulement le nom de Laval, auteur du ballet.— Les Fêtes de Rnmire furent représentées à Versailles le 22 décembre 1745 ; il n’yeut donc que sept jours d’intervalle entre la date de la lettre de Voltaire et celte re-présentation, et Rousseau ne put dans un si court espace faire à son ouvrage d’im-portants changements ; aussi n’y voit-on pas qu’il ait motivé, comme Voltaire l’y avoitinvité dans sa lettre, le changement subit de la prison en jardin- Ce petit ouvrage,d’ailleurs extrêmement médiocre en toutes ses parties, n’a de commun avec ta Prin-cesse de Navarre que les paroles mises en chant dans celle-ci, et qu’on a reproduite»dans le ballet nouveau.