Band 
Tome premier.
Seite
326
JPEG-Download
 

LGS CONFESSIONS.

326

même quatre, ou, pour mieux dire, nous étions sept ou huit. Car,quoique Thérèse fût d’un désintéressement qui a peu d’exemple,sa mère n’étoit pas comme elle. Sitôt qu’elle se vit un peu remon-tée par mes soins, elle fit venir toute sa famille pour en partagerle fruit. Sœurs, fils, filles, petites-filles, tout vint, hors sa filleaînée, mariée au directeur des carrosses d’Angers. Tout ce queje faisois pour Thérèse étoit détourné par sa mère en faveur deces affamés. Comme je n’avois pas affaire à une personne avide etque je n’étois pas subjugué par une passion folle, je ne faisois pasdes folies. Content de tenir Thérèse honnêtement, mais sansluxe, à l’abri des pressants besoins, je eonsentois que ce qu’ellegagnoit par son travail fût tout entier au profit de sa mère, et jene me bornois pas à cela; mais, par une fatalité qui me poursui-voit, tandis que maman étoit en proie à ses croquants, Thérèseétoit en proie à sa famille, et je ne pouvois rien faire d’aucun côtéqui profitât à celle pour qui je l’avois destiné. Il étoit singulier quela cadette des enfants de madame Le Vasseur, la seule qui n’eûtpoint été dotée, étoit la seule quinourrissoit son père et sa mère,et qu’après avoir été long-temps battue par ses frères, par sessœurs, même par ses nièces, cette pauvre fille en étoit maintenantpillée sans qu’elle pût mieux se défendre de leurs vols que de leurscoups. Une seule de ses nié ces, appelée Goton Leduc, étoit assezaimable et d'un caractère assez doux , quoique gâtée par l’exem-ple et les leçons des autres. Comme je les voyois souvent ensem-ble, je leurdonnois les noms qu’elles s’entre-donnoient ; j’appeloisla nièce ma nièce , et la tante ma tante . Toutes deux m’appeloientleur oncle. De là le nom de tante duquel j’ai continué d’appelerThérèse, et que mes amis répétaient quelquefois en plaisantant.

On sent que, dans une pareille situation, je n’avois pas unmoment à perdre pour tâcher de m’en tirer. Jugeant que M. deRichelieu m’avoit oublié, et n’espérant plus rien du côté de lacour, je fis quelques tentatives pour faire passer à Paris monopéra; mais j’éprouvai des difficultés qui demandoient bien dutemps pour les vaincre, et j’étais de jour en jour plus pressé. Jem’avisai de présenter ma petite comédie de Narcisse aux Italiens.Elle y fut reçue, et j’eus les entrées, qui me firent grand plaisir:mais ce fut tout. Je ne pus jamais parvenir à faire jouer ma pièce;et ennuyé de faire ma cour à des comédiens, je les plantai là. Jerevins enfin au dernier expédient qui me restoit, et le seul quej’aurois dû prendre. En fréquentant la maison de M. de La Popli-