PARTIE II, LIVRE VU. (1747-1749.) 327
nière je m’étois éloigné de celle de M. Dupin. Les deux dames,quoique parentes, étoient mal ensemble et ne se voyoient point ;il n’y avoit aucune société entre les deux maisons, et Thieriotseul vivoit dans Tune et dans l’autre. Il fut chargé de tâcher deme r amener chez M. Dupin. M. de Francueil suivoit alors l’his-toire naturelle et la chimie, et faisoit un cabinet. Je crois qu’ilaspiroit à l’Académie des Sciences ; il vouloit pour cela faire unlivre , et il jugeoit que je pouvois lui être utile dans ce travail.Madame Dupin, qui, de son côté, méditait un autre livre, avoitsur moi des vues à peu près semblables. Ils auroient voulu m’a-voir en commun pour une espèce de secrétaire, et c’était là l’ob-jet des semonces de Thieriot. J’exigeois préalablement que M. deFrancueil emploieroit son crédit avec celui de Jelyote pour fairerépéter mon ouvrage à l’Opéra. Il y consentit. Les Muses galan-tes furent répétées d’abord plusieurs fois au magasin, puis augrand théâtre. Il y avoit beaucoup de monde à la grande répéti-tion , et plusieurs morceaux furent très applaudis. Cependant jesentis moi-même, durant l’exécution, fort mal conduite par Be-bel, que la pièce ne passeroit pas, et même qu’elle n’étoit pas enétat de paroître sans de grandes corrections ('). Ainsi je la retiraisans mot dire, et sans m’exposer au refus ; mais je vis clairementpar plusieurs indices que l’ouvrage, eût-il été parfait, n’auroitpas passé. M. de Francueil m’avoit bien promis de le faire répé-ter , mais non pas de le faire recevoir. Il me tint exactement pa-role. J’ai toujours cru voir dans cette occasion et dans beaucoupd’autres que ni lui ni madame Dupin ne se soucioient de me lais-ser acquérir une certaine réputation dans le monde, de peur peut-être qu’on ne supposât, en voyant leurs livres, qu’ils avoientgreffé leurs talents sur les miens (a). Cependant, comme madameDupin m’en a toujours supposé de très médiocres, et qu’elle nem’a jamais employé qu’à écrire sous sa dictée ou à des recherchesde pure érudition, ce reproche , surtout à son égard, eût été bieninjuste.
( 1747 — 1749 .) Ce dernier mauvais succès acheva de me
C*) Dans une note de la main du marquis de Girardin, mise en tête d'un des ma-nuscrits déposés à la bibliothèque de la chambre des députés, on lit ce qui suit ; « 11« reste entre les mains de la veuve le manuscrit orig nal et unique de la partition, pa-« ro'es et musique, des Muses galantes, que j’ai fait retrouver et revenir avec beau-« coup de peine d'Angleterre. • Il ne paroit pas que la veuve Rousseau ait cherché àtirer parti de ce manuscrit.
'.a') vah. avoient greffé mes talents sur tes leurs