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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE VII. (1747-1749.) 329

l’as extrême, si des camarades de table ne m’eussent fourni la seuleressource qui pouvoit m’en tirer. C’est un de ces récits essentielsque je ne puis faire avec trop de simplicité, parcequ’il faudroit,en les commnetant, m’excuser ou me charger, et que je ne doisfaire ici ni l’un ni l’autre.

Durant le séjour d’Altuna à Paris, au lieu d’aller manger chezun traiteur, nous mangions ordinairement lui et moi à notre voi-sinage, presque vis-à-vis le cul-de-sac de l’Opéra, chez une ma-dame La Selle, femme d’un tailleur, qui donnoit assez mal à man-ger, mais dont la table ne laissoit pas d’être recherchée à causede la bonne et sûre compagnie qui s’y trouvoit; car on n’y rece-voit aucun inconnu, et il falloit être introduit par quelqu’un deceux qui y mangeoient d’ordinaire. Le commandeur de Gravide,vieux débauché, plein de politesse et d’esprit, mais ordurier, ylogeoit, et y attirait une folle et brillante jeunesse en officiers auxgardes et mousquetaires. Le commandeur de Nonant, chevalierde toutes les filles de l’Opéra, y apportoit journellement toutesles nouvelles de ce tripot. MM. Duplessis, lieutenant-colonel re-tiré, bon et sage vieillard, et Ancelet ('), officier des mousque-taires , y maintenoient un certain ordre parmi ces jeunes gens,il y venoit aussi des commerçants, des financiers, des vivriers,mais polis, honnêtes, et de ceux qu’on distinguoit dans leur mé-tier; M. de Besse, M. de Forcade, et d’autres dont j’ai oublié lesnoms. Enfin l’on y voyoit des gens de mise de tous les états, ex-cepté des abbés et des gens de robe que je n’y ai jamais vus ; etc’étoit une convention de n’y en point introduire. Cette table, as-sez nombreuse, étoit très gaie sans être bruyante, et l’on y polis-sonnoit beaucoup sans grossièreté. Le vieux commandeur, avectous ses contes gras quant à la substance, ne perdoit jamais sapolitesse de la vieille cour, et jamais un mot de gueule ne sortoitde sa bouche qu’il ne fut si plaisant que des femmes l’auraientpardonné. Son ton servoit de règle à toute la table : tous ces jeu-

(0 Ce fut àM. Ancelet que je donnai une petite comédie de ma façon, intitulée lesPrisonniers de guerre , que j’avois faite après les désastres des François en Bavièreet en Bohême, et que je n'osai jamais avouer ni montrer, et cela par la singulièreraison que jamais le roi, ni la France, ni les Françoisne furentpeut-être mieux loués,ni de meilleur cœur, que dans cette pièce; et que, républicain et frondeur en titre,je n’osois m’avouer panégyriste d’une nation dont toutes les maximes étoient con-traires aux miennes. Plus navré des malheurs de la France que les François mêmes,j avois peur qu'on ne taxât de flatterie et de lâcheté les marques d’un sincère atta-chement, dont j’ai dit l’époque et la cause dans ma première partie (*), et que j’étoishonteux de montrer.

0 Livre v, pagejfti çt suiv,

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