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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE VII. (1747-1749.) 33t

Je marque ici celle de ma première connoissanee avec ma-dame d’Épiaay, dont le nom reviendra souvent dans ces Mé-moires : elle s’appeloit mademoiselle d’Esclavelles, et venoitd’épouser M. d’Épinay, fils de M. de Lalive de Bellegarde, fer-mier-général. Son mari étoit mucisien, ainsi que M. de Francueil.Elle étoit musicienne aussi, et la passion de cet art mit entre cestrois personnes une grande intimité. M. de Francueil m’introdui-sit chez madame d’Épinay ; j’y soupois quelquefois avec lui. Elleétoit aimable, avoit de l’esprit, des talents; c’étoit assurémentune bonne connoissanee à faire. Mais elle avoit une amie, appeléemademoiselle d’Ette, qui passoit pour méchante, et qui vivoit avecle chevalier de Valory, qui ne passoit pas pour bon. Je crois quele commerce de ces deux personnes fit tort à madame d’Épinay,à qui la nature avoit donné, avec un tempérament très exigeant,des qualités excellentes pour en régler ou racheter les écarts.M. de Francueil lui communiqua une partie de l’amitié qu’ilavoit pour moi, et m’avoua ses liaisons avec elle, dont, parcette raison, je ne parlerois pas ici si elles ne fussent devenuespubliques au point de n’être pas même cachées à M. d’Épinay.M. de Francueil me fit même sur cette dame des confidencesbien singulières, qu’elle ne m’a jamais faites elle-même, etdont elle ne m’a jamais cru instruit; car je n’en ouvris nin’en ouvrirai de ma vie la bouche ni à elle ni à qui que cesoit (*). Toute cette confiance de part et d’autre rendoit masituation très embarrassante, surtout avec madame de Fran-cueil, qui me connoissoit assez pour ne pas se défier de moi,quoiqu’en liaison avec sa rivale. Je consolois de mon mieux cettepauvre femme, à qui son mari ne rendoit assurément pas l’amourqu’elle avoit pour lui. J’écoutois séparément ces trois personnes;je gardois leurs secrets avec la plus grande fidélité, sans qu’au-cune des trois m’en arrachât jamais aucun de ceux des deux au-tres , et sans dissimuler à chacune des deux femmes mon attache-ment pour sa rivale. Madame de Francueil, qui vouloit se servirde moi pour bien des choses, essuya des refus formels; et ma-dame d’Épinay m’ayant voulu charger une fois d’une lettre pourFrancueil, non seulement en reçut un pareil, mais encore une

(*! Les confidences de M. de Francueil à Rousseau sur le compte de madame d é-pinayne sont plusmaintenant un secret pour personne. Les Mémoires publiés au nomde cette dame nous ont appris queM. d'Épinay avoit communiqué à sa femme unemaladie honteuse, et que celle-ci r avoit transmise à son amant, qui faillit en mourir.