PABTIB n, LIVBB VII. ( 1747-1749.) 333
Ce fut fort bien fait, s’il l’avoit promis. Pour moi, qui n’avois rienpromis de semblable, je ne me pressai pas de l’imiter.
Je m’étois aussi lié avec l’abbé de Condillac, qui n’étoit rien,non plus que moi, dans la littérature, mais qui étoit fait pour de-venir ce qu’il est aujourd’hui. Je suis le premier peut-être qui aivu sa portée, et qui l’ai estimé ce qu’il valoit. Il paroissoit aussise plaire avec moi ; et tandis qu’enfermé dans ma chambre, rueJean-Saint-Denis, près l’Opéra, je faisois mon acte d’Hésiode, ilvenoit quelquefois dîner avec moi tête à tête en pique-nique. Iltravailloit alors à VEssai sur l’origine des Connaissances hu-maines, qui est son premier ouvrage (*). Quand il fut achevé,l’embarras fut de trouver un libraire qui voulût s’en charger. Leslibraires de Paris sont arrogants et durs pour tout homme qui com-mence ; et la métaphysique, alors très peu à la mode, n’offroitpas un sujet bien attrayant. Je parlai à Diderot de Condillac etde son ouvrage ; je leur fis faire connoissance. Ils étoient faitspour se convenir ; ils se convinrent. Diderot engagea le libraireDurand à prendre le manuscrit de l’abbé, et ce grand métaphy-sicien eut de son premier livre, et presque par grâce, cent écusqu’il n’auroit peut-être pas trouvés sans moi. Comme nous demeu-rions dans des quartiers fort éloignés les uns des autres, nousnous rassemblions tous trois une fois la semaine au Palais-Royal,et nous allions dîner ensemble à l’hôtel du Panier-Fleuri. Il falloitque ces petits dîners hebdomadaires plussent extrêmement à Di-derot, car lui, qui manquoit presque à tous ses rendez-vous (a),ne manqua jamais à aucun de ceux-là. Je formai là le projet d’unefeuille périodique intitulée le Persifleur, que nous devions fairealternativement, Diderot et moi. J’en esquissai la première feuille,et cela me fit faire connoissance avec d’Alembert, à qui Dideroten avoit parlé. Des événements imprévus nous barrèrent, et ceprojet en demeura là.
Ces deux auteurs venoient d’entreprendre le Dictionnaire en-cyclopédique, qui ne devoit d’abord être qu’une espèce de tra-duction de Chambers, semblable à peu près à celle du Diction-naire de Médecine de James, que Diderot venoit d’achever. Celui-ci voulut me faire entrer pour quelque chose dans cette secondeentreprise, et me proposa la partie de la musique, que j’acceptai,et que j’exécutai très à la hâte et très mal, dans les trois mois
(*)I1 parut en 1757, 2 vol. in-12.
(a) Vab. .... scs rendez-vous, fussent-ils même avec des femmes, ne...