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Tome premier.
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338
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338 LES CONFESSIONS.

Mes sentiments se montèrent, avec la plus inconcevable rapi-dité , au ton de mes idées. Toutes; mes petites passions furentétouffées par l’enthousiasme de la vérité, de la liberté, de lavertu : et ce qu’il y a de plus étonnant est que cette efferves-cence se soutint dans mou cœur, durant plus de quatre ou cinqans, à un aussi haut degré peut-être qu’elle ait jamais été dans lecœur d’aucun autre homme.

Je travaillai ce discours d’une façon bien singulière, et que j’aipresque toujours suivie datis mes autres ouvrages. Je lui consa-crois les insomnies de mes nuits. Je méditais dans mon lit à yeuxfermés , et je tournois et retournois mes périodes dans ma têteavec des peines incroyables; puis, quand j’étais parvenu à en êtrecontent, je les déposois dans ma mémoire jusqu’à ce que je pusseles mettre sur le papier : mais le temps de me lever et de m’habil-ler me faisait tout perdre ; et quand je m’étois mis à mon papier,il ne me venoit presque plus rien de ce que j’avois composé. Jem’avisai de prendre pour secrétaire madame Le Vasseur. Je l’avoislogée avec sa fille et son mari plus près de moi ; et c était elle qui,pour m’épargner un domestique, venoit tous les matins allumermon feu et faire mon petit service. A son arrivée je lui dictais demon lit mon travail de la nuit ; et cette pratique, que j’ai long-temps suivie, m’a sauvé bien des oublis.

Quand ce discours fut fait, je le montrai à Diderot, qui en futcontent, et m’indiqua quelques corrections. Cependant cet ou-vrage , plein de chaleur et de force, manque absolument de lo-gique et d’ordre; de tous ceux qui sont sortis de ma plume, c’est

fessions, page 53;. Elle étoii l’effet nécessaire des événements de cette vie si vaga-bonde, si tristement et si diversement agitée, des épreuves par lui subies, des im-pressions qui en furent la suite, et de sa position dans le monde à l’époque où il pritla plume pour traiter la question proposée. Concluons que Marmontel, ou Diderotpeut-être causant avec lui, a, iunocemmeat ou non, brodé sur le fait, comme taut defois il arrive dans les causeries. La broderie subsiste, onia répète, enfin on l’im-prime ; trop souvent elle s’étend elle-même d’uu écrivain à l’autre, et le fait est bien-tôt complètement dénaturé.

Une seule chose (car il faut tout dire) pourra la’sser encore au moins nn grand doutedans l’esprit d’un bon nombre de lecteurs. C’est ce devant de veste mouillé de lar-mes non aperçues par celui qui les répandoit, et cela à l’occasion d'une question aca-démique. Qu'une telle circonstance a dû trouver d’incrédules! et combien plus en-core elle en doit trouver dans ce siècle calculateur, où les sensations ont une in-fluence si puissante, et les sentiments une si foible ! En prouvant trop par cette cir-constance si étrangère à nos dispositions sentimentales, Rousseau a-i-il réellementprouv é contre lui-mème ? Ce n'est qu’en se pénétrant de l'idée qu’il faut prendre deson caractère, de sa constitution taut physique que morale, de samanière d'être enfin,sans risquer peut-être de la comparer avec la sienne propre, que chacun de nous in-dividuellement peut résoudre cette question.