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Tome premier.
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PART1B II, LIVRE VIII. (1749.) 339

le plus foible de raisonnement et le plus pauvre de nombre etd’harmonie : mais avec quelque talent qu’on puisse être né, l’artd’écrire ne s’apprend pas tout d’un coup.

Je fis partir cette pièce sans en parler à personne antre, si cen’est, je pense, à Grimm, avec lequel, depuis son entrée chez lecomte de Frièse, je commençois à vivre dans la plus grande inti-mité. Il avoit un clavecin qui nous servoit de point de réunion,et autour duquel je passois avec lui tous les moments que j’avoisde libres, à chanter des airs italiens et des barcarolîes sans trêveet sans relâche du matin au soir, ou plutôt du soir au matin ; et,sitôt qu’on ne me trouvoit pas chez madame Dupin, on étoit sûrde me trouver chez M. Grimm, ou du moins avec lui, soit à lapromenade, soit au spectacle. Je cessai d’aller à la ComédieItalienne, où j’avois mes entrées, mais qu’il n’aimoit pas, pouraller avec lui, en payant, à la Comédie Françoise, dont il étoitpassionné. Enfin un attrait si puissant me lioit à ce jeune homme,et j’en devins tellement inséparable, que la pauvre tante elle-même en étoit négligée ; c’est-à-dire que je la voyois moins, carjamais un moment de ma vie mon attachement pour elle ne s’estaffoibli.

Cette impossibilité de partager à mes inclinations le peu detemps que j’avois de libre renouvela plus vivement que jamais ledésir que j’avois depuis long-temps de ne faire qu’un ménageavec Thérèse : mais l’embarras de sa nombreuse famille, et sur-tout le défaut d’argent pour acheter des meubles, m’avoient jus-qu’alors retenu. L’occasion de faire un effort se présenta, et j’enprofitai. M. de Francueil etmadame Dupin, sentant bien que huità neuf cents francs par an ne pou voient me suffire, portèrent deleur propre mouvement mon-honoraire annuel jusqu’à cinquantelouis ; et de plus, madame Dupin, apprenant que je cherchois àme mettre dans mes meubles, m’aida de quelques secours pourcela. Avec les meubles qu’avoit déjà Thérèse, nous mîmes touten commun ; et ayant loué un petit appartement à l'hôtel deLanguedoc, rue de Grenelle-Saint-Honoré, chez de très-bonnesgens, nous nous y arrangeâmes comme nous pûmes; et nous yavons demeuré paisiblement et agréablement pendant sept ans,jusqu’à mon délogement pour l’Ermitage.

Le père de Thérèse étoit un vieux bonhomme, très-doux, quicraignoit extrêmement sa femme, et qui lui avoit donné pour celaJe surnom de Lieutenant-criminel, que Grimm, par plaisanterie,