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Tome premier.
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340 LES CONFESSIONS,

transporta dans la suite à la fille. Madame Le Vasseur ne man-quoit pas d’esprit, c’est-à-dire d’adresse ; elle se piquoit même depolitesse et d’airs du grand monde : mais elle avoit un patelinagemystérieux qui m’étoit insupportable, donnant d’assez mauvaisconseils à sa fille, cherchant à la rendre dissimulée avec moi, etcajolant séparément mes amis aux dépens les uns des autres etaux miens ; du reste, assez bonne mère parcequ’elle trouvoit soncompte à l’être, et couvrant les fautes de sa fille parcequ’elle enprofitoit. Cette femme, que je comblois d’attentions, de soins, depetits cadeaux, et dont j’avois extrêmement à cœur de me faireaimer, étoit, par l’impossibilité que j’éprouvois d’y parvenir, laseule cause de peine que j’eusse dans mon petit ménage; et dureste je puis dire avoir goûté, durant ces six ou sept ans, le plusparfait bonheur domestique que la foiblesse humaine puisse com-porter. Le cœur de ma Thérèse étoit celui d’un ange : notre atta-chement croissoit avec notre intimité, et nous sentions davantagede jour en jour combien nous étions faits l’un pour l’autre. Sinos plaisirs pouvoient se décrire, ils feroient rire par leur simpli-cité: nos promenades tête à tête hors de la ville, où je dépensoismagnifiquement huit ou dix sous à quelque guinguette ; nos petitssoupers à la croisée de ma fenêtre, assis en vis-à-vis sur deux pe-tites chaises posées sur une malle qui tenoit la largeur de l’embra-sure. Dans cette situation, la fenêtre nous servoit de table, nousrespirions l’air, nous pouvions voir les environs, les passants, et,quoique au quatrième étage, plonger dans la rue tout en man-geant. Qui décrira, qui sentira les charmes de ces repas, compo-sés, pour tout mets, d’un quartier de gros pain, de quelquescerises, d’un petit morceau de fromage, et d’un demi-setier de vinque nous buvions à nous deux? Amitié, confiance, intimité,douceur d’ame, que vos assaisonnements sont délicieux ! Quel-quefois nous restions là jusqu’à minuit sans y songer, et sansnous douter de l’heure, si la vieille maman ne nous en eûtavertis. Mais laissons ces détails, qui paroîtront insipides ou risi-bles : je l’ai toujours dit et senti, la véritable jouissance ne sedécrit point.

J’en eus à peu près dans le même temps une plus grossière, ladernière de cette espèce que j’aie eue à me reprocher. J’ai dit quele ministre Klupffell étoit aimable : mes liaisons avec lui n’étoientguère moins étroites qu’avec Grimm, et devinrent aussi familiè-res ; ils mangeoient quelquefois chez moi. Ces repas, un peu plus