LES CONFESSIONS.
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de cœur, c’est tout dire ; mais un exemple qui se présente méritepourtant d’êire ajouté. Je lui avois dit que Klupffell étoit ministreet chapelain du prince de Saxe-Gotha. Un ministre étoit pourelle un homme si singulier, que, confondant comiquement lesidées les plus disparates, elle s’avisa de prendre Klupffell pour lepape. Je la crus folle la première fois qu’elle me dit, comme jerentrais, que le papem’étoit venu voir. Je la fis expliquer, et jen’eus rien de plus pressé que d’aller conter cette histoire à Grimmet à Klupffell, à qui le nom de pape en resta parmi nous. Nousdonnâmes à la fille de la rue des Moineaux le nom de papesseJeanne. C’étoient des rires inextinguibles ; nous étouffions. Ceuxqui, dans une lettre qu’il leur a plu m’attribuer, m’ont fait direque je n’avois ri que deux fois en ma vie, ne m’ont pas connudans ce temps-là ni dans ma jeunesse; car assurément cette idéen’auroit jamais pu leur venir.
(1750 — 1752.) — L’année suivante, 1750, comme je ne son-geois plus à mon Discouru, j’appris qu’il avoit remporté le prix àDijon. Cette nouvelle réveilla toutes les idées qui me l’avoientdicté, les anima d’une nouvelle force , et acheva de mettre enfermentation dans mon cœur ce premier levain d’héroïsme et devertu que mon père, et ma patrie, et Plutarque, y avoient misdans mon enfance. Je netrouvaiplus rien de grand et de beau qued’être libre et vertueux, au-dessus de la fortune et de l’opinionet de se suffire à soi-même. Quoique la mauvaise honte et lacrainte des sifflets m’empêchassent de me conduire d’abord surces principes et de rompre brusquement en visière aux maximesde mon siècle, j’en eus dès lors la volonté décidée, et je ne tardaià l'exécuter qu’autant de temps qu’il en falloit aux contradictionspour l’irriter et la rendre triomphante.
Tandis que je philosophois sur les devoirs de l’homme, un évé-nement vint me faire mieux réfléchir sur les miens. Thérèse de-vint grosse pour la troisième fois. Trop sincère avec moi, trop fieren dedans pour vouloir démentir mes principes par mes œuvres,je me mis à examiner la destination de mes enfants, et mes liai-sons avec leur mère, sur les lois de la nature, de la justice et delàraison, et sur celles de cetle religion pure, sainte, éternelle commeson auteur, que les hommes ont souillée en feignant de vouloir lapurifier, et dont ils n’ont plus fait, par leurs formules, qu’une re-ligion de mots, vu qu’il en coûte peu de prescrire l’impossiblequand on se dispense de le pratiquer.