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Tome premier.
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LES CONFESSIONS.

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béni le ciel de les avoir garantis par-là du sort de leur père, et decelui qui les menaçoit quand j’aurois été forcé de les abandonner.Si je les avois laissés à madame d'Épinay ou à madame de Luxem-bourg, qui, soit par amitié, soit par générosité, soit par quelqueautre motif, ont voulu s’en charger dans la suite, auroient-ils étéplus heureux, auroient-ils été élevés du moins en honnêtes gens?Je l'ignore ; mais je suis sûr qu’on les auroit portés à haïr, peut-être à trahir leurs parents : il vaut mieux cent fois qu’ils ne lesaient point connus.

Mon troisième enfant fut donc mis aux Enfants-Trouvés, ainsique les premiers; et il en fut de même des deux suivants, car j’enai eu cinq en tout. Cet arrangement me parut si bon , si sensé, silégitime, que si je ne m’en vantai pas ouvertement, ce fut uni-quement par égard pour la mère ; mais je le dis à tous ceux à quij'avois déclaré nos liaisons ; je le dis à Diderot, à Grimm ; je l’ap-pris dans la suite à madame d’Épinay, et dans la suite encore àmadame de Luxembourg, et cela librement, franchement, sansaucune espèce de nécessité, et pouvant aisément le cacher à toutle monde; car la Gouin étoit une honnête femme, très discrète, etsur laquelle je comptois parfaitement. Le seul de mes amis à quij'eus quelque intérêt de m’ouvrir fut le médecin Thierry, quisoigna ma pauvre tante dans une de ses couches où elle se trouvafort mal. En un mot, je ne mis aucun mystère à ma conduite ,non seulement parceque je n’ai jamais rien su cachera mes amis,mais parcequ’en effet je n’y voyois aucun mal. Tout pesé, je choi-sis pour mes enfants le mieux, ou ce que je crus l’être. J’auroisvoulu, je voudrois encore avoir été élevé et nourri comme ilsl’ont été.

Tandis que je faisois ainsi mes confidences, madame Le Vas-seur les faisoit aussi de son côté, mais dans des vues moins dés-intéressées. Je les avois introduites, elle et sa fille, chez madameDupin, qui, par amitié pour moi, avoit mille bontés pour elles.La mère la mit dans le secret de sa fille. Madame Dupin, qui estbonne et généreuse, et à qui elle ne disoit pas combien, malgré lamodicité de mes ressources, j’étois attentif à pourvoir à tout, ypourvoyoit de son côté avec une libéralité que, par l’ordre de lamère, la fille m’a toujours cachée durant mon séjour à Paris, etdont elle ne me fit l’aveu qu’à l’Ermitage, à la suite de plusieursautres épanchements de cœur. J’ignorois que madame Dupin, quine m’en a jamais fait le moindre semblant, fût si bien instruite ;