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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE vill. (1750-1752.) 345

j’ignore encore si madame de Chenonceaux, sa bru, le fut aussi;mais madame de Franeueil, sa belie-fille, Je fut, et ne put s’entaire. Elle m’en parla l'année suivante, lorsque j’avois déjà quittéleur maison. Cela m’engagea à lui écrire à ce sujet une lettre qu’ontrouvera dans mes recueils (*), et dans laquelle j’expose celles demes raisons que je pouvois dire sans compromettre madame LeVasseur et sa famille ; car les plus déterminantes venoient de là ,et je les tus (**).

Je suis sûr de la discrétion de madame Dupin et de l’amitié de

(“) Voyez dans la Correspondance , cette lettre du 20 avril <751, et la note qui s‘yrapporte. Voyez aussi trois lettres à madame de Luxembourg, des <2 juin, 20 juilletet 10 août <761.

(**) Ces raisons les phi s déterminantes qu'il fait seulement entrevoir ici, il s’euexplique positivement ci-après au livre IX, et surtout dam ses Rêveries. « H est sûr« que c’est la crainte d’une destinée pour mes enfants mille fois pire et presque iné-« vitable par toute autre voie, qui m'a le plus déterminé... Hors d'état de les élever« moi-même, il auroit fallu dans ma situation les laisser élever par leur mère qui les« auroit gâtés, et par sa famille qui en auroit fait des monstres Je frémis encore d’y«penser. » (HuitièmePromenade).

On a vu précédemment (p. 326 et suiv. et 339) l’idée odieuse qu’il donne de tous lesindividus qui composoient cette famille ; et ce qu’il va dire tout à l'heure (p. 331.) duvol de linge qui lui fut fait ne contribuera pas peu à la confirmer.

Pour n’avoir plus à revenir dans nos notes sur ce triste sujet, nous allons, en rap-pelant et rapprochant en peu de mots tous les faits qui s’y rapportent, mettre le lec-teur à portée de bien déterminer le degré d’indulgence ou de sévérité qu'il doit met-tre dans son jugement.

D’abord, par l’idée que Rousseau nous donne au Livre VII (ci-devaot, p. 329 etsuiv.) des gens qu’il fréquentoit dans les premiers temps de sa liaison avec ThérèseLe Vasseur, et de l’effet qu’opéra sur lui leur façon de penser et de vivre, il est bienprouvé que, s'il fût cinq fois coupable en abandonnant ses enfants, ce ne fut pas parles mêmes cau-es pour ses cinq enfants successivement. Dans l'abandon des deuxpremiers, il suivit l’exemple donné par ces hommes si amusants, si aimables qu’ilvoyoit et entendoit chaque jour chez la femme La Selle, son hôtesse. Il se décida,nous dit-il, gaillardement, comme ils faisoient eux-mêmes en pareil cas.

A la naissance du troisième (voyez ci-devant, p. 5-12) sa situation étoittout autre. Hétoitauteur et auteur couronné ; i! méditoit de nouveaux ouvrages, il philosophoitsur les devoirs de l'homme, et son action cette fois (il nous le dit lui-même) fut l’ef-fet d’une résolution motivée et bien réfléchie; « Si je disois mes raisons, ajoute-t-il,« j’en dirois trop. Puisqu’elles ont pu me séduire, elles en séduiroient bien d’autres*»Ces raisons sont faciles à apercevoir, et nous doutons qu’après un si fatal exemple,leur séduction soit à craindre. Notre philosophe, une fois entré dans la carrière deslettres, se sentoit appelé ou plutôt poussé par son génie à des travaux et des devoirsde l'ordre le plus relevé, qui ne se concilioient pas avec les soins importuns et vul-gaires qu’impose à un père sans fortune le besoin d'élever et de nourrir ses enfants.En chargeant la société de cette nourriture et de cette éducation dans rétablissementdestiné pour cela, il se croyoit bien en état de l’en dédommager amplement par sesouvrages. Si Rousseau a eu réellement cette idée, la question n’est point de savoir si,généralement parlant, elle mérite approbation ; il a passé condamnation sur ce point smais si, l'idée une fois admise, il vaudroit mieux pour nous qu’il y eût eu dans lemonde cinq personnes de plus portaut le nom de Rousseau, nourries et élevées parleur père, et que YHéloise etl 'Émile n’eussent pas été faits-* en un mots! Rousseau,