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Tome premier.
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PARTIE II. LIVRE VIII. ( 1750 - 1752 .) 347

moi qui l’introduisis chez sa fille : mais leurs humeurs ne se con-venant pas, cette liaison n’eut point de suite ; et Grimm, qui dès-lors visoit au solide, préféra la mère, femme du grand monde, àla fille, qui vouloit des amis sûrs et qui lui convinssent, sans semêler d’aucune intrigue ni chercher du crédit parmi les grands.Madame Dupin, ne trouvant pas dans madame de Chenonceauxtoute la docilité qu’elle en attendoit, lui rendit sa maison forttriste ; et madame de Chenonceaux, fière de son mérite, peut-êtrede sa naissance, aima mieux renoncer aux agréments de la so-ciété, et rester presque seule dans son appartement, qpe de por-ter un joug pour lequel elle ne se sentoit pas faite. Cette espèced’exil augmenta mon attachement pour elle, par cette pente natu-relle qui m’attire vers les malheureux. Je lui trouvai l’esprit mé-taphysique et penseur, quoique parfois un peu sophistique. Saconversation, qui n’étoit point du tout celle d’une jeune femmequi sort du couvent, étoit pour moi très attrayante. Cependantelle n’avoitpas vingt ans ; son teint étoit d’une blancheur éblouis-sante ; sa taille eût été grande et belle si elle se fût mieux tenue ;ses cheveux, d’un blond cendré et d’une beauté peu commune,me rappeloient ceux de ma pauvre maman dans son bel âge, etm’agitoient vivement le cœur. Mais les principes sévères que jevenois de me faire, et que j’étois résolu de suivre à tout prix, megarantirent d’elle et de ses charmes. J’ai passé, durant tout unété, trois ou quatre heures par jour tête à tête avec elle, à luimontrer gravement l’arithmétique, et à l’ennuyer de mes chiffreséternels, sans lui dire un seul mot galant ni lui jeter une œillade.Cinq ou six ans plus tard je n’aurois pas été si sage ou si fou ; maisil étoit écrit que je ne devois aimer d’amour qu’une fois en mavie, et qu’une autre qu’elle auroit les premiers et les dernierssoupirs de mon cœur.

Depuis que je vivois chez madame Dupin, je m’étois toujourscontenté de mon sort sans marquer aucun désir de le voir amé-liorer. L’augmentation qu’elle avoit faite à mes honoraires, con-jointement avecM. de Francueil, étoit venue uniquement de leurpropre mouvement. Cette année, M. de Francueil, quimeprenoitde jour en jour plus en amitié, songea à me mettre un peu plusau large et dans une situation moins précaire. II étoit receveur-général des finances. M. Dudoyer, son caissier, étoit vieux, riche,et, vouloit se retirer. M. de Francueil m’offrit cette place ; et, pourme mettre en état de la remplir, j’allai pendant quelques semaines