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PABTIE II, LIVBE VIII. ( 1750 - 1752 .)
Les occupations littéraires firent une autre distraction nonmoins préjudiciable à mon travail journalier. A peine mon Dis-cours eut-il paru, que les défenseurs des lettres fondirent sur moicomme de concert. Indigné de voir tant de petits messieursJosse, qui n’entendoient pas même la question, vouloir en déci-der en maîtres, je pris la plume, et j’en traitai quelques uns demanière à ne pas laisser les rieurs de leur côté. Un certain M. Gau-tier, deNanci, le premier qui tomba sous ma plume, fut rude-ment malmené dans une lettre à M. Grimm. Le second fut le roiStanislas lui-même, qui ne dédaigna pas d’entrer en lice avec moi.L’honneur qu’il me fit me força de changer de ton pour lui ré-pondre ; j’en pris un plus grave, mais non moins fort; et, sansmanquer de respect à l’auteur, je réfutai pleinement l’ouvrage.Je savois qu’un jésuite, appelé le P. Menou, y avoit mis la main :je me fiai à mon tact pour démêler ce qui étoit du prince et cequi étoit du moine ; et, tombant sans ménagement sur toutes lesphrases jésuitiques, je relevai, chemin faisant, un anachronismeque je crus ne pouvoir venir que du révérend. Cette pièce, qui,je ne sais pourquoi, a fait moins de bruit que mes autres écrits,est jusqu’à présent un ouvrage unique dans son espèce. J’y saisisl’occasion qui m’étoit offerte d’apprendre au public comment unparticulier pouvoit défendre la cause de la vérité contre un sou-verain même. Il est difficile de prendre en même temps un tonplus fier et plus respectueux que celui que je pris pour lui ré-pondre. J’avois le bonheur d'avoir affaire à un adversaire pourlequel mon cœur plein d’estime pouvoit, sans adulation, la lui té-moigner ; c’est ce que je fis avec assez de succès, mais toujoursavec dignité. Mes amis, effrayés pour moi, croyoient déjà mevoir à la Bastille. Je n’eus pas cette crainte un seul moment, etj’eus raison. Ce bon prince, après avoir vu ma réponse, dit : J'aimon compte; je ne m’y frotte plus. Depuis lors, je reçus de luidiverses marques d’estime et de bienveillance, dont j’aurai quel-ques unes à citer ; et mon écrit courut tranquillement la Franceet l’Europe, sans que personne y trouvât rien à blâmer.
J’eus peu de temps après un autre adversaire auquel je nem’étois pas attendu, ce même M. Bordes, de Lyon, qui dix ansauparavant m’avoit fait beaucoup d’amitiés et rendu plusieursservices. Je nel’avois pas oublié, mais je l’avois négligé par pa-resse ; et je ne lui avois pas envoyé mes écrits, faute d’occasiontoute trouvée pour les lui faire passer. J’avois donc tort; et il
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