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Tome premier.
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355
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PARTIE II, LITRE YIII. (1750-1752.) 355

personne. Je ne connois pas d’assujettissement plus avilissant etplus cruel que celui-là. Je n’y vis de remède que de refuser lescadeaux grands et petits , de ne faire d’exception pour qui quece fût. Tout cela ne fit qu’attirer les donneurs, qui vouloientavoir la gloire de vaincre ma résistance, et me forcer de leur êtreobligé malgré moi. Tel qui ne m’auroit pas donné un écu, si jel’avois demandé, ne cessoit de m’importuner de ses offres, et,pour se venger de les voir rejetées, taxoit mes refus d’arroganceet d’ostentation.

On se doutera bien que le parti que j'avois pris, et le systèmeque je voulois suivre, n’étoient pas du goût de madame Le Yas-seur. Tout le désintéressement de la fille ne l’empêehoit pas desuivre les directions de sa mère ; et les gouverneuses, comme lesappeloit Gauffecourt, n’étoient pas toujours aussi fermes que moidans leurs refus. Quoiqu’on me cachât bien des choses, j’en visassez pour juger que je ne voyois pas tout; et cela me tour-menta, moins par l’accusation de connivence qu’il m’étoit aisé deprévoir, que par l’idée cruelle de ne pouvoir jamais être maîtrechez moi ni de moi. Je priois, je conjurois, je me fâchois, le toutsans succès ; la maman me faisoit passer pour un grondeur éter-nel , pour un bourru ; c’étoit, avec mes amis , des chuchoteriescontinuelles ; tout étoit mystère et secret pour moi dans mon mé-nage ; et, pour ne pas m’exposer sans cesse à des orages, je n’o-sois plus m’informer de ce qui s’y passoit. Il auroit fallu, pourme tirer de tous ces tracas, une fermeté dont je n’étois pas capa-ble. Je savois crier, et non pas agir ; on me Iaissoit dire, et l’onailoit son train.

Ces tiraillements continuels, et les importunite's journalièresauxquelles j’étois assujetti, me rendirent enfin ma demeure et leséjour de Paris désagréable. Quand mes incommodités me per-mettoient de sortir, et que je ne melaissoispas entraîner ici ou làpar mes connoissances , j’allois me promener seul ; je rêvois àmon grand système , j’en jetois quelque chose sur le papier, àl’aide d’un livret blanc et d’un crayon que j’avois toujours dansma poche. Voilà comment les désagréments imprévus d’un étatde mon choix me jetèrent par diversion tout à-fait dans la litté-rature , et voilà comment je portai dans tous mes premiers ou-vrages la bile et l’humeur qui m’en faisoient occuper.

Une autre chose y contribuoit encore. Jeté malgré moi dans lemonde sans en avoir le ton. sans être en état de le prendre et de