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Tome premier.
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LES CONFESSIONS.

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tai des chants qui me revinrent en les faisant. Je barbouillai îetout dans une espèce de salon voûté qui étoit au haut du jardin ;et au thé, je ne pus m’empêcher de montrer ces airs à Mussard età mademoiselle Duvernois, sa gouvernante, qui étoit en vérité unetrès bonne et aimable fille. Les trois morceaux que j’avois esquis-sés étoient le premier monologue, J'ai perdu mon serviteur-,l’air du Devin, U amour croît s’il s'inquiète; et le dernier duo,A jamais, Colin, je t’engage, etc. J’imaginois si peu que celavalût la peine d’ètre suivi, que, sans les applaudissements et lesencouragements de l'un et de l’autre, j’allois jeter au feu meschiffons et n’y plus penser, comme j’ai fait tant de fois pour deschoses du moins aussi bonnes : mais ils m’excitèrent si bien, qu’ensix jours mon drame fut écrit, à quelques vers près, et toute mamusique esquissée, tellement que je n’eus plus à faire à Parisqu’un peu de récitatif et tout le remplissage ; et j’achevai le toutavec une telle rapidité, qu’en trois semaines mes scènes fureutmises au net et en état d'être représentées. Il n’y manquoit quele divertissement, qui ne fut fait que long temps après.

(1752.) Échauffé de la composition de cet ouvrage, j’avois unegrande passion de l’entendre, et j’aurois donné tout au mondepour le voir représenter à ma fantaisie, à portes fermées, commeon dit que Lulli fit une fois jouer Armide pour lui seul. Commeil ne m’étoit pas possible d’avoir ce plaisir, qu’avec le public, ilfalloit nécessairement, pour jouir de ma pièce, la faire passerà l’Opéra. Malheureusement elle étoit dans un genre absolumentneuf, auquel les oreilles n’étoient point accoutumées; et, d’ail-leurs, le mauvais succès des Muscs galantes me faisoit prévoircelui du Devin, si je le présentois sous mon nom. Duclos me tirade peine, et se chargea de faire essayer l’ouvrage en laissant igno-rer l’auteur. Pour ne pas me déceler, je ne me trouvai point àcette répétition ; et les petits violons (*) qui la dirigèrent, ne su-rent eux-mêmes quel en étoit l’auteur, qu’après qu’une accla-mation générale eut attesté la bonté de l’ouvrage. Tous ceux quil’entendirent en étoient enchantés, au point que, dès le lendemain,dans toutes les sociétés, on ne parloit d’autre chose. M. de Cury,intendant des Menus, qui avoit assisté à la répétition, demandal’ouvrage pour être donné à la cour. Duclos, qui savoit mes in-tentions, jugeant que je serois moins le maître de ma pièce à la

C) C’est ainsi qu’on appeloü Rebel et Francoeur, qui s’étoient fait connoître, dèsleur jeunesîe, en allant tou/ours ensemble jouer du \iolon dans les maisons.