Band 
Tome premier.
Seite
363
JPEG-Download
 

PARTIE II, LIVRE un. ^ 1 752.) 3G3

cour qu'à Paris, la refusa. Cury la réclama d'autorité, Duciostint bon ; et le débat entre eux devint si vif, qu’un jour à l’Opérails alloieut sortir ensemble, si on ne les eût séparés. On vouluts’adressera moi : je renvoyai la décision de la chose à M. Du-cios. Il fallut retourner à lui. M. le duc d'Aumont s’en mêla. Du-cios crut enfin devoir céder à l’autorité, et la pièce fut donnéepour être jouée à Fontainebleau.

La partie à laquelle je m’étois le plus attaché, et où je m’éloi-gnois le plus de la route commune, étoit le récitatif. Le mienétoit accentué d’une façon toute nouvelle, et marchoit avec ledébit de la parole. On n’osa laisser cette horrible innovation, l’oncraignoit qu’elle ne révoltât les oreilles moutonnières. Je consen-tis que Francueil et Jelyotte fissent un autre récitatif, mais je nevoulus pas m’en mêler.

Quand tout fut prêt et le jour fixé pour la représentation, l’onme proposa le voyage de Fontainebleau, pour voir au moins ladernière répétition. J’y fus avec mademoiselle Fel, Grimm, etje crois, l’abbé Raynal, dans une voiture de la cour. La répéti-tion fut passable; j’en fus plus content que je ne m’y étois atten-du. L’orchestre étoit nombreux, composé de ceux de l'Opéra etde la musique du roi. Jelyotte faisoit Colin; mademoiselle Fel,Colette; Cuvilier, le Devin; les chœurs étaient ceux de l’Opéra.Je dis peu de chose : c’étoit Jelyotte qui avoit tout dirigé ; je nevoulus pas contrôler ce qu’il avoit fait; et, malgré mon ton ro-main, j’étois honteux comme un écolier au milieu de tout cemonde.

Le lendemain, jour de la représentation, j’allai déjeuner aucafé du Grand-Commun. Il y avoit là beaucoup de monde. Onparloit de la répétition de la veille, et de la difficulté qu'il y avoiteu d’y entrer. Un officier qui étoit là dit qu’il étoit entré sanspeine, conta au long ce qui s’y étoit passé, dépeignit l'auteur,rapporta ce qu’il avoit fait, ce qu’il avoit dit ; mais ce qui m’é-merveilla de ce récit assez long, fait avec autant d’assurance quede simplicité, fut qu’il ne s’y trouva pas un seul mot de vrai. I!m’étoit très clair que celui qui parloit si savamment de cette répé-tition n’y avoit point été, puisqu’il avoit devant les yeux, sansle connoître, cet auteur qu’il disoit avoir tant vu. Ce qu’il y eut deplus singulier dans cette scène, fut l’effet qu’elle fit sur moi. Cethomme étoit d’un certain âge ; il n’avoit point l’air ni le ton fatet avantageux ; sa physionomie annonçoit un homme de mérité,