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Tome premier.
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LES CONFESSIONS.

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qu’augmenter ma réputation de misanthropie, par tout ce quim’en eût acquis une bien contraire, si l’on eût mieux lu dansmon cœur.

Au fort de ma plus grande exaltation, je fus retiré toutd’un coup par le cordon comme un cerf-volant, et remis à maplace par la nature, à l'aide d’une attaque assez vive de monmal. J’employai le seul remède qui m’eût soulagé , savoir, lesbougies, et cela fit trêve à mes angéliques amours : car, outrequ’on n'est guère amoureux quand on souffre, mon imagination,qui s’auime à la campagne et sous les arbres, languit et meurtdans la chambre et sous les solives d’un plancher. J’ai souventregretté qu’il n’existât pas des dryades ; c’eût infailliblement étéparmi elles que j’aurois fixé mon attachement.

D’autres tracas domestiques vinrent en même temps augmen-ter mes chagrins. Madame Le Vasseur, en me faisant les plusbeaux compliments du monde, aliénoit de moi sa fille tant qu’ellepouvoit. Je reçus des lettres de mon ancien voisinage, qui m’ap-prirent que la bonne vieille avoit fait à mon insu plusieurs dettesau nom de Thérèse, qui le savoit, et qui ne m’en avoit rien dit.Les dettes à payer me fâchoient beaucoup moins que le secretqu’on m’en avoit fait. Eh! comment celle pour qui je n’eus ja-mais aucun secret pouvoit-elle en avoir pour moi? Peut-on dis-simuler quelque chose aux gens qu’on aime? La coterie holbal-chique. qui ne me voyoit faire aucun voyage à Paris, commen-çoit à craindre tout de bon que je ne me plusse à la campagne,et que je ne fusse assez fou pour y demeurer. Là commencèrentles tracasseries par lesquelles on cherchant à me rappeler indirec-tement à la ville. Diderot, qui ne vouloit pas se montrer si tôtlui-même, commença par me détacher Deleyre, à qui j’avoisprocuré sa connoissance, lequel recevoit et me transmettoitles impressions que vouloit lui donner Diderot, sans que luiDeleyre en vît le vrai but.

Tout sembloit concourir à me tirer de ma douce et folle rêverie.Je n’étois pas guéri de mon attaque, quand je reçus un exem-plaire du poème sur la ruine de Lisbonne, que je supposai m’êtreenvoyé par l’auteur. Cela me mit dans l’obligation de lui écrire,et de lui parler de sa pièce. Je le fis par une lettre qui a été im-primée long-temps après sans mon aveu, comme il sera dit ci-après.

Frappé de voir ce pauvre homme accablé, pour ainsi dire, de