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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE IX. ( 1757 .) 429

dre les mouvements de mon cœur, un langage vraiment digned’eux. Ce fut la première et l’unique fois de ma vie; mais je fussublime, si l’on peut nommer ainsi tout ce que l’amour le plustendre et le plus ardent peut porter d’aimable et de séduisant dansun cœur d’homme. Que d’enivrantes larmes je versai sur ses ge-noux ! que je lui en fis verser malgré elle! Enfin, dans un trans-port involontaire, elle s’écria : Non, jamais bomme ne fut si ai-mable, et jamais amant n’aima comme vous! Mais votre amiSaint-Lambert nous écoute, et mon cœur ne sauroit aimer deuxfois. Je me tus en soupirant; je l’embrassai.Quel embrasse-

ment ! Mais ce fut tout. Il y avoit six mois qu’elle vivoit seule,c’est-à-dire loin de son amant et de son mari ; il y en avoit trois queje la voyois presque tous les jours, et toujours l’amour en tiersentre elle et moi. Nous avions soupé tête à tête, nous étions seuls,dans un bosquet au clair de la lune, et, après deux heures de l’en-tretien le plus vif et le plus tendre, elle sortit au milieu de la nuitde ce bosquet et des bras de son ami, aussi intacte, aussi pure decorps et de cœur quelle y étoit entrée. Lecteur, pesez toutes cescirconstances ; je n’ajouterai rien de plus.

Et qu’on n’aille pas s’imaginer qu’ici mes sens me laissoient tran- .quille, comme auprès de Thérèse et de maman. Je l’ai déjà dit,c’étoit de l’amour cette fois, et l’amour dans toute son énergie etdans toutes ses fureurs. Je ne décrirai ni les agitations, ni les fré-missements, ni les palpitations, ni les mouvements convulsifs, niles défaillances de cœur que j’éprouvois continuellement : on enpourra juger par l’effet que sa seule image faisoit sur moi. J’ai ditqu’il y avoit loin de l’Ermitage à Eaubonne : je passois par lescoteaux d’Andilly, qui sont charmants. Je rêvois en marchant àcelle que j’allois voir, à l’accueil caressant qu’elle me feroit, aubaiser qui m’attendoit à mon arrivée. Ce seul baiser, ce baiserfuneste, avant même de le recevoir m’embrasoit le sang à telpoint que matêtesetroubloit; un éblouissement m’aveugloit, mesgenoux tremblants ne pouvoient me soutenir; j’étois forcé dem’arrêter, de m’asseoir ; toute ma machine étoit dans un désordreinconcevable : j'étois prêt à m’évanouir. Instruit du danger, jetâchois, en partant, de me distraire et de penser à autre chose. Jen’avois pas fait vingt pas, que les mêmes souvenirs et tous lesaccidents qui en étoient la suite revenoient m’assaillir sans qu’ilme fût possible de m’en délivrer ; et de quelque façon que je m’ysois pu prendre, je ne crois pas qu’il me soit jamais arrivé de faire