LES CONFESSIONS.
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« ser q e vous ne l’ayez pas compris? Non ; mais je saurai vaincre« vos subtilités à force de franchise. Je vais m’expliquer plus clai-« rement, afin que vous m’entendiez encore moins.
« Deux amants bien unis et dignes de s’aimer me sont chers :« je m’attends bien que vous ne saurez pas qui je veux dire, à« moins que je ne vous les nomme. Je présume qu’on a tenté de« les désunir, et que c’est de moi qu’on s’est servi pour donner de« la jalousie à l’un des deux. Le choix n’est pas fort adroit, mais« il a paru commode à la méchanceté ; et cette méchanceté, c’esth vous que j’en soupçonne. J’espère que ceci devient plus clair.
« Ainsi donc la femme que j’estime le plus auroit, de mon su,« l’infamie de partager son cœur et sa personne entre deux« amants, et moi celle d’être un de ces deux lâches? Si je savois« qu’un seul moment de la vie vous eussiez pu penser ainsi d’elle« et de moi, je vous haïrois jusqu’à la mort. Mais c’est de l’a-« voir dit, et non de l’avoir cru, que je vous taxe. Je ne com-« prends pas, en pareil cas, auquel c’est des trois que vous avez« voulu nuire ; mais si vous aimez le repos, craignez d’avoir eu le« malheur de réussir. Je n’ai caché ni à vous, ni à elle, tout le« mal que je pense de certaines liaisons ; mais je veux qu’elles« finissent par un moyen aussi honnête que sa cause, et qu’un« amour illégitime se change en une éternelle amitié. Moi, qui ne« fis jamais de mal à personne, servirois-je innocemment à en« faire à mes amis? Non ; je ne vous le pardonnerois jamais, je« deviendrais votre irréconciliable ennemi. Vos secrets seuls se-« raient respectés ; car je ne serai jamais un homme sans foi.
« Je n’imagine pas que les perplexités où je suis puissent durer« bien long-temps. Je ne tarderai pas à savoir si je me suis« trompé. Alors j’aurai peut-être de grands torts à réparer, et jeh n’aurai rien fait en ma vie de si bon cœur. Mais savez-vous« comment je rachèterai mes fautes durant le peu de temps qui« me reste à passer près de vous? En faisant ce que nul autre ne« fera que moi; en vous disant franchement ce qu’on pense de« vous dans le monde, et les brèches que vous avez à réparer ào votre réputation. Malgré tous les prétendus amis qui vous en-« tourent, quand vous m’aurez vu partir, vous pourrez dire« adieu à la vérité; vous ne trouverez plus personne qui vous la« dise. »