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PARTIE II, LIVRE IX. (1757.)
Troisième Billet de la même, liasse A, n° 46.
« Je n’entendois pas votre lettre de ce matin : je vous l'ai dit,« parceque cela étoit. J’entends celle de ce soir ; n’ayez pas peur< que j’y réponde jamais : je suis trop pressée de l’oublier ; et« quoique vous me fassiez pitié, je n’ai pu me défendre de l’a-« mertume dont eile me remplit l’ame. Moi, user de ruses, de« finesses avec vous! moi, accusée de la plus noire des infamies!« Adieu; je regrette que vous ayez la.... Adieu : je ne sais ce que« je dis... adieu : je serai bien pressée de vous pardonner. Vous« viendrez quand vous voudrez, vous serez mieux reçu que ne« l’exigeroient vos soupçons. Dispensez-vous seulement de vous« mettre en peine de ma réputation : peu m’importe celle qu’on« me donne. Ma conduite est bonne, et cela me suffit. Au sur-« plus, j’ignorois absolument ce qui est arrivé aux deux person-« nés qui me sont aussi chères qu’à vous {*). »
Cette dernière lettre me tira d’un terrible embarras, et me re-plongea dans un autre qui n’étoit guère moindre. Quoique toutesces lettres et réponses fussent allées et venues dans l’espace d’unjour avec une extrême rapidité, cet intervalle avoit suffi pour enmettre entre mes transports de fureur, et pour me laisser réflé-chir sur l’énormité de mon imprudence. Madame d’Houdetot nem’avoit rien tant recommandé que de rester tranquille, de luilaisser le soin de se tirer seule de cette affaire, et d’éviter, surtoutdans le moment même, toute rupture et tout éclat; et moi, parles insultes les plus ouvertes et les plus atroces, j’allois acheverde porter la rage dans le cœur d’une femme qui n’y étoit déjaquetrop disposée. Je ne devois naturellement attendre, de sa part,qu’une réponse si fière, si dédaigneuse, si méprisante, que jen’aurois pu, sans la plus indigne lâcheté, m’abstenir de quittersa maison sur-le-champ. Heureusement, plus adroite encore queje n’étois emporté, el'e évita, par le tour de sa réponse, de meréduire à cette extrémité. Mais il falloit ou sortir, ou l’aller voirsur-le-champ; l’alternative étoit inévitable. Je pris le dernierparti, fort embarrassé de ma contenance, dans l’explication que
(*) Au lieu de cette dernière phrase, on trouve celle-ci dans les Mémoires de ma-dame dEpiuay : « Je vous délierai, quand il vous plaira, sur mes secrets, pour peu« qu’ils vous content à garder. Vous savez mieux que personne que je n’en ai point« qui ne me fissent honneur à divulguer. > Elle envoyoit la copie de ceci à Griinm,mais sans doute n’auroit eu garde de délier Rousseau, comme elle le disoit.