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Tome premier.
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LES CONFESSIONS.

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je prévoyois. Car comment m’en tirer, sans compromettre ni ma-dame d’Houdetot, ni Thérèse? Et malheur à celle quej’auroisnommée! Il n’y avoit rien que la vengeance d’une femme impla-cable et intrigante ne me fît craindre pour celle qui en seroit l’ob-jet. C’étoit pour prévenir ce malheur que je n’avois parlé que desoupçons dans mes lettres, afin d’être dispensé d’énoncer mespreuves. Il est vrai que cela rendoit mes emportements plus inex-cusables, nuis simples soupçons ne pouvant m’autoriser à traiterune femme, et surtout une amie, comme je venois de traiter ma-dame d’Epinay. Mais ici commence la grande et nob'e tâche quej’ai dignement remplie, d’expier mes fautes et mes foiblesses ca-chées, en me chargeant de fautes plus graves, dont j’étois inca-pable, et que je ne commis jamais.

Je n’eus pas à soutenir la prise que j’avois redoutée, et j’en fusquitte pour la peur. A mon abord , madame d’Ëpinay me sautaau cou, en fondant en larmes. Cet accueil inattendu, et de lapart d’une ancienne amie, m’émut extrêmement ; je pleurai beau-coup aussi. Je lui dis quelques mots qui n’avoient pas grandsens; elle m’en dit quelques uns qui en avoient encore moins,et tout finit là. On avoit servi; nous allâmes à table, où, dansl’attente de l’explication, que je croyois remise après le souper,je fis mauvaise figure ; car je suis tellement subjugué par la moin-dre inquiétude qui m’occupe, que je ne saurois la cacher auxmoins clairvoyants. Mon air embarrasé devoit lui donner du cou-rage; cependant elle ne risqua point l’aventure : il n’y eut pasplus d’explication après le souper qu’avant. Il n’y en eut pas plusle lendemain ; et nos silencieux tête-à-tête ne furent remplis quede choses indifférentes, ou de quelques propos honnêtes de mapart, par lesquels lui témoignant ne pouvoir encore rien pronon-cer sur le fondement de mes soupçons, je lui protestois avec biende la vérité que s’ils se trouvoient mal fondés, ma vie entière se-roit employée à réparer leur injustice. Elle ne marqua pas lamoindre curiosité de savoir précisément quels étoient ces soup-çons , ni comment ils m’étoient venus ; et tout notre raccommo-dement , tant de sa part que de la mienne, consista dans l’em-brassement du premier abord. Puisqu’elle étoit seule offensée,au moins dans la forme, il me parut que ce n’étoit pas à moi dechercher un éclaircissement qu’elle ne cherchoit pas elle-même,et je m’en retournai comme j’étois venu. Continuant au reste àvivre avec elle comme auparavant, j’oubliai bientôt presque en-