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Tome premier.
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PARTIE II, LITRE IX. (1757.) 439

tièrement cette querelle, et je crus bêtement qu’elle l’oubïioit elle-même, parcequ’elle paroissoitne s'en plus souvenir.

Ce ne fut pas là, comme on verra bientôt, le seul chagrin quem’attira ma foiblesse ; mais j’en avois d’autres non moins sensi-bles, que je ne m’étois point attirés, et qui n’avoient pour causeque le désir de m’arracher de ma solitude ('), à force de m’y tour-menter. Ceux-ci me venoient de la part de Eiiderot et des holba-chiens. Depuis mon établissement à l’Ermitage, Diderot n’avoitcessé de m’y harceler, soit par lui-même, soit par Deleyre; et jevis bientôt, aux plaisanteries de celui-ci sur mes courses bosca-resques, avec quel plaisir ils avoient travesti l’ermite en galantberger. Mais il n’étoit pas question de cela dans mes prises avecDiderot ; elles avoient des causes plus graves. Après la publica-tion du Fils naturel, il m’en avoit envoyé un exemplaire, que j’a-vois lu avec l’intérêt et l’attention qu’on donne aux ouvrages d’unami. En lisant l’espèce de poétique en dialogue qu’il y a jointe, jefus surpris, et même un peu contristé, d’y trouver, parmi plu-sieurs choses désobligeantes, mais tolérables, contre les solitai-res, cette âpre et dure sentence, sans aucun adoucissement : Iln’y a que le méchant qui soit seul. Cette sentence est équivoque,et présente deux sens, ce me semble : l’un très vrai, l’autre trèsfaux ; puisqu’il est même impossible qu’un homme qui est et veutêtre seul puisse et veuille nuire à personne, et par conséquent qu’ilsoit un méchant. La sentence en elle-même exigeoit donc une in-terprétation ; elle l’exigeoit bien plus encore de la part d’un auteurqui, lorsqu’il imprimoit cette sentence, avoit un ami retiré dansune solitude. Il me paroissoit choquant et malhonnête, ou d’a-voir oublié en la publiant cet ami solitaire, ou, s’il s’en étoit sou-venu , de n’avoir pas fait, du moins en maxime générale, l’hono-rable et juste exception qu’il devoit, non seulement à cet ami,mais à tant de sages respectés, qui dans tous les temps ont cher-ché le calme et la paix dans la retraite, et dont, pour la premièrefois depuis que le monde existe, un écrivain s’avise, avec unseul trait de plume, de faire indistinctement autant de scélérats.

J’aimois tendrement Diderot, je l’estimois sincèrement,, et jecomptois avec une entière confiance sur les mêmes sentiments de

(') C’est-à-dire d’en arracher la vieille, dont on avoit besoin pour arranger le com-plot. Il est étonnant que, durant tout ce long orage, ma stupide confiance m’-ait em-pêché de comprendre que ce n’étoit point moi, mais elle, qu’on vouloit ravoir àParis.