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Tome premier.
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LES CONFESSIONS.

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sa part. Mais excédé de son infatigable obstination à me contra-rier éternellement sur mes goûts, mes penchants, ma manière devivre, sur tout ce qui n’intéressoit que moi seul; révolté de voirun homme plus jeune que moi vouloir à toute force me gouvernercomme un enfant ; rebuté de sa facilité à promettre, et de sa né-gligence à tenir; ennuyé de tant de rendez-vous donnés et man-qués de sa part, et de sa fantaisie d’en donner toujours de nou-veaux pour y manquer derechef ; gêné de l’attendre inutilementtrois ou quatre fois par mois, les jours marqués par lui-même, etde dîner seul le'soir, après être allé au-devant de lui jusqu’à Saint-Denis, et l’avoir attendu toute la journée, j’avois déjà le cœurplein de ses torts multipliés. Ce dernier me parut plus grave, etme navra davantage. Je lui écrivis pour m’en plaindre, mais avecune douceur et un attendrissement qui me fit inonder mon papierde mes larmes ; et ma lettre étoit assez touchante pour avoir dû luien tirer. On ne devineroit jamais quelle fut sa réponse sur cet ar-ticle ; la voici mot pour mot (liasse A, n° 33) : « Je suis bien aise« que mon ouvrage vous ait plu, qu’il vous ait touché. Vous n’ê-« tes pas de mon avis sur les ermites ; dites-en tant de bien qu’il« vous plaira, vous serez le seul au monde dont j’en penserai :« encore y auroit-il bien à dire là-dessus, si l’on pouvoit vous« parler sans vous fâcher. Une femme de quatre-vingts ans! etc.« On m’a dit une phrase d’une lettre du fils de madame d’Épinay,« qui a dû vous peiner beaucoup, ou je commis mal le fond de« votre ame. »

Il faut expliquer les deux dernières phrases de cette lettre.

Au commencement de mon séjour à l’Ermitage, madame LeVasseur parut s’y déplaire et trouver l’habitation trop seule. Scspropos là-dessus m’étant revenus, je lui offris de la renvoyer àParis, si elle s’y plaisoit davantage ; d’y payer son loyer, et d’yprendre le même soin d’elle que si elle étoit encore avec. moi. Ellerejeta mon offre, me protesta qu’elle se plaisoit fort à l’Ermitage,que l’air de la campagne lui faisoit du bien : et l’on voyoit quecela étoit vrai, car elle y rajeunissoit pour ainsi dire, et s’y por-toit beaucoup mieux qu’à Paris. Sa fille m’assura même qu’elleeût été dans le fond très fâchée que nous quittassions l’Ermitage,qui réellement étoit un séjour charmant, aimant fort le petit tri-potage du jardinet des fruits, dont elle avoit le maniement ; maisqu’elle avoit dit ce qu’on lui avoit fait dire, pour tâcher de m’en-gager à retourner à Paris.