LES CONFESSIONS.
442
« flet d’offrir l’autre joue, mais non pas de demander pardon.
« Vous souvenez-vous de cet homme de la comédie, qui crie en« donnant des coups de bâton? Voilà le rôle du philosophe.
« Ne vous flattez pas de l’empêcher de venir par le mauvais9 temps qu’il fait. Sa colère lui donnera le temps et les forces que9 l’amitié lui refuse, et ce sera la première fois de sa vie qu’il« sera venu le jour qu’il avoit promis. Il s’excédera pour venir« me répéter de bouche les injures qu’il me dit dans ses lettres ;
9 je ne les endurerai rien moins que patiemment. 11 s’en retour-9 nera être malade à Paris ; et moi je serai, selon l’usage, un9 homme fort odieux. Que faire? Il faut souffrir.
9 Mais n’admirez-vous pas la sagesse de cet homme qui vou-9 loit me venir prendre à Saint-Denis en fiacre, y dîner, me ra-<i mener en fiaere, et à qui, huit jours après (liasse A, n° 34 ), sa9 fortune ne permet plus d’aller à l’Ermitage autrement qu’à9 pied? 11 n’est pas absolument impossible, pour parler son lan-9 gage, que ce soit là le ton de la bonne foi; mais, en ce cas, il9 faut qu’en huit jours il soit arrivé d’étranges changements dans9 sa fortune.
9 Je prends part au chagrin que vous donne la maladie de ma-9 dame votre mère; mais vous voyez que votre peine n’approche9 pas de la mienne. On souffre moins encore à voir malades les« personnes qu’on aime, qu’injustes et cruelles.
9 Adieu, ma bonne amie : voici la dernière fois que je vous« parlerai de cette malheureuse affaire. Vous me parlez d’aller9 à Paris, avec un sang-froid qui me réjouiroit dans un autre9 temps. »
J’écrivis à Diderot ce que j’avois fait au sujet de madame LeVasseur, sur la proposition de madame d’Épinay elle-même; etmadame Le Vasseur ayant choisi, comme on peut bien croire, derester à l’Ermitage, où elle seportoit très bien, où elle avoit tou-jours compagnie, et où elle vivoit très agréablement, Diderot, nesachant plus de quoi me faire un crime, m’en fit un de cetteprécaution de ma part, et ne laissa pas de m’en faire un autrede la continuation du séjour de madame Le Vasseur à l’Ermi-tage, quoique cette continuation fût de son choix, et qu’il n’eûttenu et ne tînt toujours qu’à elle de retourner vivre à Paris, avecles mêmes secours de ma part qu’elle avoit auprès de moi.
Voilà l’explication du premier reproche de la lettre de Diderot,n° 33 . Celle du second est dans sa lettre n° 34 . 9 Le Lettré ( c’étoit