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Tome premier.
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IES CONFESSIONS.

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servé toute mou estime, et à qui mon cœur pùt donner sa con-fiance : Duclos, que depuis ma retraite à l'Ermitage j'avoisperdu de vue, et Saint-Lambert. Je crus ne pouvoir bien réparermes torts envers ce dernier qu’en lui déchargeant mon cœur sansréserve ; et je résolus de lui faire pleinement mes confessions, entout ce qui ne compromettoit pas sa maîtresse. Je ne doute pasque ce choix ne fut encore un piège de ma passion, pour me tenirplus rapproché d’elle; mais il est certain que je mç serois jeté dansles bras de son amant sans réserve, que je me serois mis pleine-ment sous sa conduite , et que j’aurois poussé la franchise aussiloin qu’elle pouvoit aller. J’étois prêta lui écrire une seconde let-tre, à laque'le j’étois sur qu’il auroit répondu, quand j’appris latriste cause de son silence sur la première. Iln’avoit pu soutenirjusqu’au bout les fatigues de cette campagne. Madame d’Épinaym’apprit qu’il venoit d’avoir une attaque de paralysie ; et madamed’Houdetot, que son affliction finit par rendre malade elle-même,et qui fut hors d état de m’écrire sur-le-champ, me marqua deuxou trois jours après, de Paris où elle étoit alors, qu’il se faisoitporter à Aix-la-Chapelle pour y prendre les bains. Je ne dis pas quecette triste nouvelle m’affl'gea comme elle; mais je doute que leserrement de cœur qu’elle me donna fût moins pénible que sadouleur et ses larmes. Le chagrin de le savoir dans cet état,augmenté par la crainte que l’inquiétude n’eût contribué à l’ymettre, me toucha plus que tout ce qui m’étoit arrivé jusqu’à-lors ; et je sentis cruellement qu’il me manquoit, dans ma pro-pre estime, la force dont j’avois besoin pour supporter tant dedéplaisir. Heureusement, ce généreux ami ne me laissa paslong-temps dans cet accablement ; il ne m’oublia pas, malgré sonattaque, et je ne tardai pas d’apprendre par lui-mème que j’avoistrop mal jugé de ses sentiments et de son état. Mais il est tempsd’en venir à la grande révolution de ma destinée, à la catastrophequi a partagé ma vie en deux parties si différentes, et qui, d’unebien légère cause, a tiré de si terribles effets.

Un jour que je ne songeois à rien moins, madame d'Epinaym’envoya chercher. En entrant, j’aperçus dans ses yeux et danstoute sa contenance un air de trouble, dont je fus d’autant plusfrappé que cet air ne lui étoit point ordinaire, personne au mondene sachant mieux qu'elle gouverner son visage et ses mouve-ments. Mon ami, me dit-elle, je pars pour Genève; ma poitrineest en mauvais état, ma santé se délabre au point que, toute chose