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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE IX. ( 1757 .) 459

cessante, il faut que j’aille voir et consulter Trouehin. Cette réso -lution, si brusquement prise, et à l’entrée de la mauvaise saison,m’étonna d'autant plus que je Pavois quittée trente-six heuresauparavant sans qu’il en fût question. Je lui demandai qui elleemmèneroit avec elle. Elle me dit qu’elle emmèneroit son fils avecM. de Linant; et puis elle ajouta négligemment : Et vous, monours, ne viendrez-vous pas aussi? Comme je ne crus pas quelleparlât sérieusement, sachant que dans la saison où nous entrionsj’étois à peine en état de sortir de ma chambre, je p'aisantai surl’utilité du cortège d’un malade pour un autre malade; elle parutelle-même n’en avoir pas fait tout de bon la proposition, et il n’enfut plus question. Nous ne parlâmes plus que des préparatifs deson voyage, dont elle s’occupoit avec beaucoup de vivacité, étantrésolue à partir dans quinze jours.

Je n’avois pas besoin de beaucoup de pénétration pour com-prendre qu’il y avoit à ce voyage un motif secret qu’on me taisoit.Ce secret, qui n’en étoit un dans toute la maison que pour moi,fut découvert dès le lendemain par Thérèse, à qui Teissier, lemaître-d’hôtel, qui le savoit de la femme de chambre, le révéla.Quoique je ne doive pas ce secret à madame d’Épinay, puisque jene le tiens pas d’elle, il est trop lié avec ceux que j’en tiens pourque je puisse l’en séparer : ainsi je me tairai sur cet article. Maisces secrets, qui jamais ne sont sortis ni ne sortiront de ma boucheni de ma plume, ont été sus de trop de gens pour pouvoir êtreignorés dans tous les entours de madame d’Épinay (*).

(*) te motif secret, et maintenant trop bien connu, du voyage de madame d'Épi-nay, étoit sa grossesse, fruit de sa liaison avec Grimm. On en pourrait cependantdouter aujourd’hui, vu les circonstances accessoires liées à ce voyage. En effet, nonseulement le fils de madame d’Épinay et son gouverneur l’accompagnèrent et ne laquittèrent point, mais M. d'Épinay lui-même, au refus de Rousseau, se décida à pren-dre sa place, et conduisit sa femme jus pi'à Genève. Comment celle-ci, dans sa situa-tion, put-elle accepter de tels compagnons de voyage? comment, pour le lieu de sadélivrance, put-elle choisir elle-même une ville telle que Genève, oùe'Iedevoit attireret attira réellement tous les regards? Toutes ces circonstances semblent pleine-ment en contradiction avec le fait énoncé ci-dessus, et cependant ce fait étoit alorsnotoire, et les réticences de Rou-seau ne servent qu'à t’établir encore plus positive-ment. La contradiction s'explique par’un autre Fait dont l'idée sans doute est affreuse,et qu’il faut pourtant admettre comme suite nécessaire du premier, si nous ^hési-tons pas à présenter une telle idée au lecteur, c’est que, d’une part, la vérité de cesecond fait nous est garantie par une autorité non suspecte, et que, de l’autre, la mé-moire de madame d’Épinay, qu'elle n’a pas craint de déshonorer elle-même, peutsupporter cette atteinte nouvelle, qui ne sera, après tout, qu'un exemple de plus dessuites qu’entraîne une conduite imprudente et désordonnée. Revenons à Rousseau.

Ce qui parott bien certain, c’est qu’en lui faisant une loi d’accompagner madamed’Epinay, on vouloit donner à ce voyage un certain appareil, et satisfaire ainsi la va-