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Tome premier.
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471
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PARTIE II, LIVRE IX. ( 1757 .) 471

« je ne consulte point les miens sur mes devoirs, et je n’ai plus« rien à vous dire sur les vôtres. »

Un congé si imprévu, mais si nettement prononcé, ne me laissapas un instant à balancer. Il falloit sortir sur-le-champ, quelquetemps qu’il fit, en quelque état que je fusse, dussé-je coucher dansles bois et sur la neige dont la terre étoit alors couverte, et quoique pût dire et faire madame d’Houdetot ; car je vouiois bien luicomplaire en tout, mais non pas jusqu’à l’infamie.

Je me trouvai dans le plus terrible embarras où j’aie été de mesjours ; mais ma résolution étoit prise : je jurai, quoi qu’il arrivât,de ne pas coucher à l'Ermitage le huitième jour. Je me mis endevoir de sortir mes effets, déterminé à les laisser en plein champ,plutôt que de ne pas rendre les clefs dans la huitaine ; car je vou-iois surtout que tout fût fait avant qu’on pût écrire à Genève etrecevoir réponse. J’étois d’un courage que je ne m’étois jamaissenti : toutes mes forces étoient revenues. L’honneur et l’indigna-tion m’en rendirent sur lesquelles madame d’Epinay n’avoit pascompté. La fortune aida mon audace. M. Mathas, procureur-fis-cal de M. le prince de Condé, entendit parler de mon embarras.Il me fit offrir une petite maison qu’il avoit à son jardin de Mont-Louis à Montmorency. J’acceptai avec empressement et recon-noissance. Le marché fut bientôt fait; je fis en hâte acheter quel-ques meubles, avec ceux que j’avois déjà, pour nous coucherThérèse et moi. Je fis charrier mes effets à grand’peine et à grandsfrais : malgré la glace et la neige, mon déménagement fut faitdans deux jours, et le 15 décembre je rendis les clefs de l’Ermi-tage , après avoir payé les gages du jardinier, ne pouvant payermon loyer.

Quant à madame Le Vasseur, je lui déclarai qu’il falloit nousséparer : sa fille voulut m’ébranler ; je fus inflexible. Je la fis par-tir pour Paris, dans la voiture du messager, avec tous les effetset meubles que sa fille et elle avoient eu commun. Je lui donnaiquelque argent, et je m’engageai à lui payer son loyer chez sesenfants ou ailleurs, à pourvoir à sa subsistance autant qu’il meseroit possible, et à ne jamais la laisser manquer de pain, tantque j’en aurois moi-même.

Enfin, le surlendemain de mon arrivée à Mont-Louis, j’écrivisà madame d’Épinay la lettre suivante :

■ A Montmorency, le 17 décembre 1757.

« Lien n’est si simple et si nécessaire, madame, que de déloger