Band 
Tome premier.
Seite
472
JPEG-Download
 

LES CONFESSIONS.

472

« de votre maison, quand vous n’approuvez pas que j’y reste.« Sur votre refus de consentir que je passasse à l’Ermitage le« reste de l’hiver, je l'ai donc quitté le 15 décembre. Ma destinée« étoit d’y entrer malgré moi (a), et d’en sortir de même. Je vous« remercie du séjour que vous m’avez engagé d’y faire, et je« vous en remercierois davantage, si je l’avois payé moins cher.# Au reste, vous avez raison de me croire malheureux ; per-« sonne au monde ne sait mieux que vous combien je dois l’être,(i Si c’est un malheur de se tromper sur le choix de ses amis,« c’en est un autre non moins cruel de revenir d’une erreur si« douce ("j. »

Tel est le narré fidèle de ma demeure à l’Ermitage, et desraisons qui m’en ont fait sortir. Je n’ai pu couper ce récit, et ilimportoit de le suivre avec la plus grande exactitude, cette épo-que de ma vie ayant eu sur la suite une influence qui s’étendrajusqu’à mon dernier jour.

LIVRE X.

1758.

La force extraordinaire qu’une effervescence passagère m’avoitdonnée pour quitter l’Ermitage, m’abandonna sitôt que j’en fusdehors. A peine fus-je établi dans ma nouvelle demeure , que devives et fréquentes attaques de mes rétentions se compliquèrentavec l’incommodité nouvelle d’une descente qui me tourmentoitdepuis quelque temps, sans que je susse que c’en étoit une. Jetombai bientôt dans les plus cruels accidents. Le médecin Thierry,mon ancien ami, vint me voir et m’éclaira sur mon état. Les son-des , les bougies, les bandages, tout l’appareil des infirmités del’âge rassemblé autour de moi, me fit durement sentir qu’on n’a

(a) Vab. Malgré mes amis et malgré moi. — Cette variante est Urée des Mé-moires de madame d'Épinay, où la même lettre est rapportée.

(*) Cette lettre, rapportée dans les Mémoires de madame d'Épinay, y est terminéepar cette apostille : Foire jardinier est -payé jusqu’au premier janvier. Cetteapostille ne se trouve dans aucune édition des Confessions, et n'est pas meme dansle premier manuscrit, où Rousseau n'a pu l’omettre que par erreur ; car elle est né-cessaire pour comprendre la réponse de madame d'Épinay, qu'on verra dans le livresuivant.

Cette rupture avec madame d'Épinay fournit matière à plus d’une observation ;mais la rupture avec Diderot, qui suivitbientôt après, et dont Rousseau va parler, seJtant aux mêmes circonstances, nous ferons ci-après de l’une et de l'autre la matièred’une seule note.