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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE X. (1758.) 473

plus le cœuT jeune impunément, quand le corps a cessé de l’être.La belle saison ne me rendit point mes forces, et je passai toutel’année 1758 dans un état de langueur qui me fit croire que jetouchois à la fin de ma carrière. J’en voyois approcher le termeavec une sorte d’empressement. Revenu des chimères de l’amitié,détaché de tout ce qui m’avoit fait aimer la vie, je n’y voyois plusrien qui pût me la rendre agréable : je n’y voyois plus que desmaux et des misères qui m’empêchoient de jouir de moi. J’aspiroisau moment d’être libre et d’échapper à mes ennemis. Mais repre-nons le fil des événements.

Il paroît que ma retraite à Montmorency déconcerta madamed’Épinay : vraisemblablement elle ne s’y étoit pas attendue. Montriste état, la rigueur de la saison, l’abandon général où je metrouvois , tout leur faisoit croire, à Grimm et à elle, qu’en mepoussant à la dernière extrémité, ils me réduiroient à crier merciet à m’avilir aux dernières bassesses, pour être laissé dans l’asiledont l’honneur m’ordonnoit de sortir. Je délogeai si brusquement,qu’ils n’eurent pas le temps de prévenir le coup, et il ne leur restaplus que le choix de jouer à quitte ou double, et d’achever de meperdre ou de tâcher de me ramener. Grimm prit le premier parti :mais je crois que madame d’Épinay eût préféré l’autre; et j'enjuge par sa réponse à ma dernière lettre , où elle radoucit beau-coup le ton qu’elle avoit pris dans les précédentes , et où elle sem-bloit ouvrir la porte à un raccommodement. Le long retard decette réponse, qu’elle me fit attendre un mois entier, indique as-sez l’embarras où elle se trouvoit pour lui donner un tour con-venable , et les délibérations dont elle la fit précéder. Elle ne pou-voit s’avancer plus loin sans se commettre : mais après ses lettresprécédentes, et après ma brusque sortie de sa maison, l’on nepeut qu’être frappé du soin qu’elle prend dans cette lettre, de n’ypas laisser glisser un seul mot désobligeant. Je vais la transcrireen entier, afin qu’on en juge.

■ A Genève, le 17 janvier 1758, (Liasse B, n° 23.)

« Je n’ai reçu votre lettre du 17 décembre, monsieur, qu’hier.« On me l'a envoyée daus une caisse remplie de différentes choses,« qui a été tout ce temps en chemin. Je ne répondrai qu’à l’apos-« tille : quant à la lettre, je ne l’entends pas bien ; et si nous étions« dans le cas de nous expliquer, je voudrois bien mettre tout ce# qui s’est passé sur le compte d’un malentendu. Je reviens à l’a-« postille. Tous pouvez vous rappeler, monsieur, que nous étions

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