PABTIE II, LIVEE X. ( 1758. 475
{Voyez la lettre de Deleyre, liasse B, n° 30). De là, feignant d’êtretoujours mes amis, iis semoient adroitement leurs accusationsmalignes, comme des plaintes de l'injustice de leur ami. Cela fai-soit que, moins en garde, on étoit plus porté à les écouter et àme blâmer. Les sourdes accusations de perfidie et d’ingratitudese débitaient avec plus de précaution , et par-là même avec plusd’effet. Je sus qu’ils m’imputoient des noirceurs atroces, sans ja-mais pouvoir apprendre en quoi ils les faisoient consister. Tout ceque je pus déduire de la rumeur publique fut qu’elle se réduisoità ces quatre crimes capitaux : 1° ma retraiteà la campagne ; 2°monamour pour madame d’Houdetot ; 3° refus d'accompagner à Ge-nève madame d’Épinay ; 4° sortie de l'Ermitage. S’ils y ajoutè-rent d’autres griefs, ils prirent leurs mesures si justes , qu’il m’aété parfaitement impossible d’apprendre jamais quel en étoit lesujet.
C’est donc ici que je crois pouvoir fixer l’établissement d’unsystème adopté depuis par ceux qui disposent de moi, avec unprogrès et un succès si rapide, qu’il tiendrait du prodige pourqui ne saurait pas quelle facilité tout ce qui favorise la malignitédes hommes trouve à s’établir. Il faut tâclier d’expliquer en peude mots ce que cet obscur et profond système a de visible à mesyeux.
Avec un nom déjà célèbre et connu dans toute l'Europe, j’avoisconservé la simplicité de mes premiers goûts. Ma mortelle aver-sion pour tout ce qui s’appeloit parti, faction, cabale, m’avoitmaintenu libre, indépendant, sans autre chaîne que les atta-chements de mon cœur. Seul, étranger, isolé, sans appui, sansfamille, ne tenant qu’à mes principes et à mes devoirs, je suivoisavec intrépidité les routes de la droiture, ne flattant, ne ména-geant jamais personne aux dépens de la justice et de la vérité. Deplus, retiré depuis deux ans dans la solitude, sans correspondancede nouvelles, sans relation des affaires du monde, sans être in-struit ni curieux de rien , je vivois, à quatre lieues de Paris, aussiséparé de cette capitale par mon incurie, que je l’aurais été par lesmers dans Pile de Tinian.
Grimm, Diderot, d’Holbaeh, au contraire, au centre du tour-billon, vivoient répandus dans le plus grand monde, et s’en par-tageoient presque entre eux toutes les sphères. Grands, beaux es-prits, gens de lettres, gens de robe, femmes, ilspouvoient de con-cert se faire écouter partout. On doit voir déjà l’avantage que