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Tome premier.
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476
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LES CONFESSIONS.

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cette position donne à trois hommes bien unis contre un qua-trième, dans celle où je me trouvois. Il est -vrai que Diderot etd’Holbach n’étoient pas (du moins je ne puis le croire) gens àtramer des complots bien noirs ; l’un n’en avoit pas la méchan-ceté ('), ni l’autre l’habileté : mais c’étoit en cela même que lapartie étoit mieux liée. Grimm seul formoit son plan dans sa tête,et n’en monlroit aux deux autres que ce qu’ils a voient besoin devoir pour concourir à l’exécution. L’ascendant qu’il avoit pris sureux rendoit ce concours facile, et l'effet du tout répondoit à lasupériorité de son talent.

Ce fut avec ce talent supérieur que, sentant l’avantage qu’ilpouvoit tirer de nos positions respectives, il forma le projet derenverser ma réputation de fond en comble, et de m’en faireune tout opposée, sans se compromettre, en commençant par éle-ver autour de moi un édifice de ténèbres qu'il me fut impossiblede percer, pour éclairer ses manœuvres et pour le démasquer.

Cette entreprise étoit difficile, en ce qu’il en falloit pallier l’ini-quité aux yeux de ceux qui dévoient y concourir. Il falloit trom-per les honnêtes gens ; il falloit écarter de moi tout le monde, nepas me laisser un seul ami, ni petit ni grand. Que dis je! il nefalloit pas laisser percer un seul mot de vérité jusqu’à moi. Si unseul homme généreux me fût venu dire : Vous faites le vertueux,cependant voilà comme on vous traite, et voilà sur quoi l’on vousjuge : qu’avez-vous à dire? la vérité triomphoit, et Grimm étoitperdu. Il le savoit ; mais il a sondé-son propre cœur, et n’a estiméles hommes que ce qu’ils valent. Je suis fâché, pour l’honneur del’humanité, qu’il ait calculé si juste.

En marchant dans ces souterrains, ses pas, pour être sûrs, dé-voient être lents. Il y a douze ans qu’il suit son plan, et le plusdifficile reste encore à faire ; c’est d’abuser le public entier. Il yreste des yeux qui l’ont suivi de plus près qu’il ne pense. Il lecraint, et n’ose encore exposer sa trame au grand jour ( 2 ). Maisil a trouvé le peu difficile moyen d’y faire entrer la puissance, etcette puissance dispose de moi. Soutenu de cet appui, il avanceavec moins de risque. Les satellites de la puissance se piquant peu

(') J'avoue que, depuis ce livre écrit, tout ce que j'entrevois à travers les mystèresqui m’environnent ine fait craindre de n’avoir pas connu Diderot (*).

(», Depuis que ceci est écrit, il a franchi le pas avec le plus plein et le plus incon-cevable succès. Je crois que c'est Troachiu qui lui en a donné le courage et lesmoyens.

{*! Celte note n'est point dan les éditions antérieures h celle de 1801.