Band 
Tome premier.
Seite
533
JPEG-Download
 

PARTIE II, LIVRE XI. (1761.) 53S

ritier d'un si grand bien, d’un si grand nom, de tant de titres etde dignités, dévorer avec l'avidité d’un mendiant un pauvre pe-tit morceau de pain! Enfin, j’eus beau dire et beau faire, le mé-decin triompha, et l’enfant mourut de faim.

La même confiance aux charlatans, qui fit périr le petit-fils,creusa le tombeau du grand-père; et il s'y joignit de plus la pu-sillanimité de vouloir se di.-simuler les infirmités de l’âge. M. deLuxembourg avoit eu par intervalles quelque douleur au grosdoigt du pied ; il en eut une atteinte à Montmorency, qui luidonna de l’insomnie et un peu de fièvre. J’osai prononcer le motde goutte ; madame de Luxembourg me tança. Le valet de cham-bre chirurgien de monsieur le maréchal soutint que ce n’étoitpasla goutte, et se mit à panser la partie souffrante avec du baumetranquille. Malheureusement la douleur se calma; et quand ellefêvîut, on ne manqua pas d’employer le même remède qui l’avoitcalmée : la constitution s’altéra, les maux augmentèrent, et lesremèdes en même raison. Madame de Luxembourg, qui vit bienenfin que c’étoit la goutte, s’opposa à cet insensé traitement. Onse cacha d’elle, et M. de Luxembourg périt par sa faute au boutde quelques années, pour avoir voulu s’obstiner à guérir. Maisn’anticipoDS point de si loin sur les malheurs : combien j’en aid’autres à narrer avant ce'ui-là!

Il est singulier avec quelle fatalité tout ce que je pouvois direet faire sembloit fait pour déplaire à madame de Luxembourg,lors même que j avois le plus à cœur de conserver sa bienveil-lance. Les afflictions que M. de Luxembourg éprouvoit coup surcoup ne faisoient que m’attacher à lui davantage et par consé-quent à madame de Luxembourg : car ils m’ont toujours parusi sincèrement unis, que les sentiments que l’on avoit pour l’uns’étendoient nécessairement à l’autre. Monsieur le maréchal vieil -lissoit. Son assiduité à la cour, les soins qu'elle entraînoit, leschasses continuelles, la fatigue surtout du service durant sonquartier, auroient demandé la vigueur d’uu jeune homme, et jene voyois plus rien qui pût soutenir la sienne dans cette carrière.Puisque ses dignités dévoient être dispersées, et son nom éteintaprès lui, peu lui importoit de continuer une vie laborieuse, dontl’objet principal avoit été de ménager la faveur du priuce à sesenfants. Un jour que nous n’étions que nous tro ! s, et qu’il se plai-gnoit des fatigues de la cour en homme que ses pertes a voient dé-couragé, j’osai lui parler de retraite, et lui donner le conseil! que