PABTIE II, LIVBE XI. (1761.) 535
pastel. Il s’avisa de vouloir faire le portrait de madame de Luxem-bourg; ce portrait étoit horrible. Elle prétendoit qu’il ne lui res-sembloit point du tout, et cela étoit vrai. Le traître d’abbé meconsulta; et moi, comme un sot et comme un menteur, je dis quele portrait ressembloit. Je voulois cajoler l’abbé; mais je ne cajo-lois pas madame la maréchale, qui mit ce trait sur ses registres ;et l’abbé, ayant fait son coup, se moqua de moi. J’appris, par cesuccès de mon tardif coup d’essai, à ne plus me mêler de vouloirflagorner et flatter malgré Minerve.
Montaient étoit de dire aux hommes des vérités utiles, maisdures, avec assez d’énergie et découragé; il falloit m’y tenir. Jen’étois point né, je ne dis pas pour flatter, mais pour louer. Lamaladresse des louanges que j’ai voulu donner m’a fait plus demal que l’âpreté de mes censures. J’en ai à citer ici un exemplesi terrible, que ses suites ont non seulement fait ma destinée pourle reste de ma vie , mais décideront peut-être de ma réputationdans toute la postérité.
Durant les voyages de Montmorency, M. de Choiseul venoitquelquefois souper au château. Il y vint un jour que j’en sortais.On parla de moi : M. de Luxembourg lui conta mon histoire deVenise avec M. deMontaigu.M. de Choiseul dit que c'était dom-mage que j’eusse abandonné cette carrière, et que si j’y vouloisrentrer, il ne demandoit pas mieux que de m’occuper. M. deLuxembourg me redit cela ; j’y fus d’autant plus sensible, que jen’étois pas accoutumé d’être (a) gâté par les ministres ; et il n’estpas sûr que, malgré mes résolutions , si ma santé m’eût permisd'y songer, j’eusse évité d’en faire de nouveau la folie. L’ambition•n’eut jamais chez moi que les courts intervalles où toute autre pas-sion me laissoit libre; mais un de ces intervalles eût suffi pourme rengager. Cette bonne intention de M. de Choiseul m’affec-tionnant à lui, accrut l’estime que, sur quelques opérations de sonpiinistère, j’avois conçue pour ses talents ; et le pacte de famille,en particulier, me parut annoncer un homme d’état du premierordre. II gagnoit encore dans mon esprit au peu de cas que jefai-sois de ses prédécesseurs, sans excepter madame de Pompadour,que je regardois comme une façon de premier ministre; et quandle bruit courut que, d’elle ou de lui, l’un des deux expulseroitl’autre, je crus faire des vœux pour la gloire de la France, en en
(a) VAB. ... que. je n'avais pas accoutumé d’être...