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Tome premier.
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536
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LES CONFESSIONS.

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faisant pour que M. de Choiseul triomphât. Je m’étois senti de touttemps, pour madame de Pompadour, de l'antipathie, mêmequand, avant sa fortune, je l’avois vue chez madame de La Popli-nière , portant encore le nom de madame d'Étioles. Depuis lorsj’avois été mécontent de son silence au sujet de Diderot, et detous ses procédés par rapport à moi, tant au sujet des Fêtes deRamire et des Muses galantes, qu’au sujet du Devin du village,qui ne m’avoit valu, dans aucun genre de produit, des avantagespropoi'iionnés à ses succès; et, dans toutes les occasions, je l’avoistoujours trouvée très peu disposée à m'obliger : ce qui n’empêchapas le chevalier de Lorenzy de me proposer de faire quelque choseà la louange de cette dame, en m’insinuant que cela pourroit m’ê-tre utile. Cette proposition m’indigna d’autant, plus, que je visbien qu’il ne la faisoit pas de son chef; sachant que cet homme,nul par lui-même, ne pense et n’agit que par 1 impulsion d’autrui.Je sais trop peu me contraindre pour avoir pu lui cacher mon dé-dain pour sa proposition, ni à personne mon peu de penchant pourla favorite : elle le eonnoissoit, j’en étois sûr, et tout cela mêloitmon intérêt propre à mon inclination naturelle, dans les vœux queje faisois pour M. de Choiseul. Prévenu d’estime pour ses talents,quiétoient tout ce que je connoissois de lui; plein de reconnois-sance pour sa bonne volonté, ignorant d’ailleurs totalement dansma retraite ses goûts et sa manière de vivre, je le regardois d’a-vance comme le vengeur du public et le mien ; et mettant alorsla dernière main au Contrat social, j’y marquai, dans un seultrait, ce que je peusois des précédents ministères, et de celui quicommençoità les éclipser (*). Je manquai, dans cette occasion, àma plus constante maxime; et de plus, je ne songeai pas que,quand on veut louer ou blâmer fortement dans un même article,sans nommer les gens, il faut tellement approprier la louange àceux qu’elle regarde, que le plus ombrageux amour-propre nepuisse y trouver de quiproquo. J’étois là-dessus dans une si follesécurité, qu’il ne me vint pas même à l’esprit que quelqu’un pûtprendre le change. On verra bientôt si j’eus raison.

Une de mes chances étoit d’avoir toujours dans mes liaisons desfemmes auteurs. Je croyois au moins, parmi les grands, évitercette chance. Point du tout : elle m’y suivit encore. Madame deLuxembourg ne fut pourtant jamais, que je sache, atteinte decette manie ; mais madame la comtesse de Boufflers le fut. Elle fit

(*) Voyez le chapitre vi du livre III.