PARTIE II, 1IVRB XI. (1761.) 515
retenoit, avançoit encore plus lentement. On ne lui envoyoit pasfidèlement les feuilles à mesure qu'elles s'imprimoient. Il crutapercevoir de la mauvaise foi dans la mauœuvre de Duchesne,c’est-à-dire de Guy, qui faisoit pour lui ; et voyant qu’on n’exé-cutoit pas le traité, il m’écrivit lettres sur lettres pleines de do-léances et de griefs, auxquels je pouvois encore moins remédierqu’à ceux que j’avois pour mon compte. Son ami Guérin, qui mevoyoit alors fort souvent, me parloit incessamment de ce livre ,mais toujours avec la plus grande réserve. Il savoit et ne savoitpas qu’on l’imprimoit en France; il savoit et ne savoit pas que lemagistrat s’en mêlât : en me plaignant des embarras qu’alloit medonner ce livre, il sembloit m’accuser d’imprudence, sans vou-loir jamais dire en quoi elle consistoit; il biaisoit et tergiversoitsans cesse; il sembloit ne parler que pour me faire parler. Ma sé-curité, pour lors, étoit si complète, que je riois du ton circon-spect et mystérieux qu’il mettoit à cette affaire , comme d’un tiecontracté chez les ministres et les magistrats, dont il frcquentoitassez les bureaux. Stir d’être en règle à tous égards sur cet ou-vrage, fortement persuadé qu’il avoit non seulement l’agrémentet la protection du magistrat, mais même qu’il méritoit et qu’ilavoit de même la faveur du ministère, je me félicitois de moncourage à bien faire, et je riois de mes pusillanimes amis, quiparo'ssoient s’inquiéter pour moi. Duclos fut de ce nombre , etj’avoue que ma confiance en sa droiture et en ses lumières eût pum’alarmer à son exemple, si j’en avois eu moins dans l’utilité del’ouvrage et dans la probité de ses patrons. Il me vint voir de chezM. Baille, tandis que XÉmile étoit sous presse; il m’en parla. Jelui lus la profession de foi du Vicaire savoyard ; il l’écouta trèspaisiblement, et, ce me semble, avec grand plaisir. Il me dit,quand j’eus fini : Quoi, citoyen , cela fait partie d’un livre qu’onimprime à Paris? Oui, lui dis-je, et l’on devroit l’imprimer auLouvre, par ordre du roi. J’en conviens, me dit-il; mais faites-moi le plaisir de ne dire à personne que vous m’ayez lu ce mor-ceau. Cette frappante manière de s’exprimer me surprit sansm’effrayer. Jesavois que Duclos voyoit beaucoup M. de Males-berbes. J’eus peine à concevoir comment il pensoit si différem-ment que lui sur le même objet.
Je vivois à Montmorency depu’s plus de quatre ans, sans yavoir eu un seul jour de bonne santé. Quoique l’air y soit excel-lent, les eaux y sont mauvaises; et cela peut tris bien être une
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