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Tome premier.
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PARTIE II LIVRE XI. ( 1761 .) 549

tons pour des riens ; tandis que les dieux autres volumes étoient,comme on ne l’ignoroit pas, remplis de choses si fortes, qu’il eûtfallu les refondre en entier, en les censurant comme les deux pre-miers. Je savois de plus, et M. de Malesherbes me le dit lui-même,que l’abbé de Grave, qu’il avoit chargé de l’inspection de cetteédition, étoit encore un autre partisan des jésuites. Je ne voyoispartout que jésuites, sans songer qu’à la veille d’être anéantis, ettout occupés de leur propre défense, ils avoient autre chose àfaire que d’aller tracasser sur l'impression d’un livre où il ne s’a-gissoitpas d’eux. J’ai tort de dire sans songer, car j’y songeoistrès bien ; et c’est même une objection que M. de Malesherbes eutsoin de me faire sitôt qu’il fut instruit de ma vision; mais, par unautre de ces travers d’un homme qui du fond de sa retraite veutjuger du secret des grandes affaires, dont il ne sait rien, jene vou-lus jamais croire que les jésuites fussent en danger, et je regardoisle bruit qui s’en répandoit comme un leurre de leur part pourendormir leurs adversaires. Leurs succès passés, qui ne s’étoientjamais démentis, me donnoient une si terrible idée de leur puis-sance, que je déplorois déjà l’avilissement du parlement. Je sa-voisque M. de Choiseul avoit étudié chez les jésuites,que madamede Pompadour n’étoit point mal avec eux, et que leur ligue avecles favorites et les ministres avoit toujours paru avantageuse auxuns et aux autres contre leurs ennemis communs. La cour parois-soit ne se mêler de rien ; et, persuadé que si la société recevoit unjour quelque rude échec, ce ne seroit jamais le parlement qui se-roit assez fort pour le lui porter, je tirois de cette inaction de lacour le fondement de leur confiance et l’augure de leur triomphe.Enfin, ne voyant dans tous les bruits du jour qu’une feinte et despièges de leur part, et leur croyant dans leur sécurité du tempspour vaquer à tout, je ne doutois pas qu’ils n’écrasassent dans peule jansénisme, et le parlement, et les encyclopédis'es, et tout cequi n’auroit pas porté leur joug; et qu’enfin s’ils laissoient paroitremon livre, ce ne fût qu’après l’avoir transformé au point de s’enfaire uue arme, en se prévalant de mon nom pour surprendre meslecteurs.

Je me sentons mourant ; j’ai peine à comprendre comment eetteextravagance ne m’acheva pas (*) : tant l’idée de ma mémoire

(*; Les lettres à M. llonltou, des!2et 23 décembre 1761, et 30mail7fi2; à madame deLuxembourg, du (3 décembre 1761 ; et à Jl. de Malesherbes, du 23 décembre mêmeannée, sont les monuments de cette extravagance et du repentir par lequel il l’ex-