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Tome premier.
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550
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550 LES CONFESSIONS,

déshonorée après moi, dans mon plus digne et meilleur livre,m’étoit effroyable. Jamais je n’ai tant craint de mourir; et jecrois que si j’étoismort dans ces circonstances, je serois mortdésespéré. Aujourd’hui même, que je vois marcher sans obstacleà son exécution le plus noir, le plus affreux complot qui jamaisait été tramé contre la mémoire d’un homme , je mourrai beau-coup plus tranquille, certain de laisser dans mes écrits un té-moignage de moi, qui triomphera tôt ou tard des complots deshommes.

(1762.) M. de Malesherbes, témoin et confident de mes agita-tions, se donna, pour les calmer, des soins qui prouvent son iné-puisable bonté de cœur. Madame de Luxembourg concourut àcette bonne œuvre, et fut plusieurs fois chez Duchesne, poursavoir à quoi en étoit cette édition. Enfin, l’impression fut repriseet marcha plus rondement, sans que jamais j’aie pu savoir pour-quoi elle avoit été suspendue. M. de Malesherbes prit la peine devenir à Montmorency pour me tranquilliser : il en vint à bout;et ma parfaite confiance en sa droiture l’ayant emporté sur l’é-garement de ma pauvre tête, rendit efficace tout ce qu’il fit pourm’en ramener. Après ce qu'il avoit vu de mes angoisses et de mondélire, il étoit naturel qu’il me trouvât très à plaindre : aussi fit-il.Les propos incessamment rebattus de la cabale philosophique quil’entouroit lui revinrent à l’esprit. Quand j’allai vivre à l’Ermi-tage, ils publièrent, comme je l’ai déjà dit, que je n’y tiendroispas long-temps. Quand ils virent que je persévérois, ils direntque c’étoit par obstination, par orgueil, par honte de m’en dédire ;mais que je m’y ennuyois à périr, et que j’y vivois très malheu-reux. M. de Malesherbes le crut et me l’écrivit : sensible à cetteerreur dans un homme pour qui j’avois tant d’estime, je lui écrivisquatre lettres consécutives, où, lui exposant les vrais motifs de maconduite, je lui décrivis fidèlement mes goûts, mes penchants,mon caractère, et tout ce qui se passoit dans mon cœur. Ces quatrelettres, faites sans brouillon, rapidement, à trait de plume-, et

pia. Déjà cette malheureuse propension à la méfiance, celte fatale habileté à réunir etrapprocher les plus petites circonstances qui pouYoient faire naître ou augmenter sessoupçons, les justifier à ses yeux, puis les changer enfin en certitude, se fait remar-quer en cette occasion. Elle fait présager au lecteur la triste destinée qui l'attendoit,lors }u‘ime persécution réelle venant à éclater contre lui, et rendant habituelle cettedisposition de son ame autrefois si expansive et si, confiante, fmiroit par la dénatureren quelque sorte, et, portant même atteinte à ses facultés mentales, ne permettroitpresque plus sur ce point aucun retour de raison.