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Tome premier.
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551
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PARTIE II, LIVRE XI. (1762.) 551

sans même avoir été relues, sont peut-être la seule chose que j’aieécrite avec facilité dans toute ma vie, et ce qui est bien étonnant,au milieu de mes souffrances et de l’extrême abattement où j’étois.Jegémissois, en me sentant défaillir, de penser que je iaissoisdans l’esprit des honnêtes gens une opinion de moi si peu j uste ;et, par l’esquisse tracée à la hâte dans ces quatre lettres, je tâchoisde suppléer en quelque sorte aux mémoires que j’avois projetés.Ces lettres, qui plurent à M. de Malesherbes, et qu’il montra dansParis, sont en quelque façon le sommaire de ce que j’expose iciplus en détail, et méritent à ce titre d'être conservées. On trou-vera parmi mes papiers la copie qu’il en fit faire à ma prière, etqu’il m’envoya quelques années après.

La seule chose qui m'affligeoit désormais, dans l’opinion de mamort prochaine, étoit de n’avoir aucun homme lettré de con-fiance, entre les mains duquel je pusse déposer mes papiers, pouren faire après moi le triage. Depuis mon voyage de Genève, jem’étois lié d’amitié avec Moultou ; j’avois de l’inclination pour cejeune homme, et j’aurois désiré qu’il vint me fermer les yeux. Jelui marquai ce désir ; et je crois qu’il auroit fait avec plaisir cetacte d’humanité, si ses affaires et sa famille le lui eussent permis.Privé de cette consolation , je voulus du moins lui marquer maconfiance, en lui envoyant la Profession de foi du Vicaire avantla publication. Il en fut content; mais il ne me parut pas dans saréponse partager la sécurité avec laquel ej’en attendois pour lorsl’effet. Il desira d’avoir de moi quelque morceau que n’eût per-sonne autre. Je lui envoyai une Oraison funèbre du feu ducd'Orléans, que j’avois faite pour l’abbé Darty, et qui ne fut pasprononcée, parceque, contre son attente, ce ne fut pas lui qui enfut chargé.

L’impression, après avoir été reprise, se continua, s’achevamême assez tranquillement; et j’y remarquai ceci de singulier,qu’après les cartons qu’on avoit sévèrement exigés pour les deuxpremiers volumes, on passa les deux derniers sans rien dire, etsans que leur contenu fit aucun obstacle à sa publication. J’euspourtant encore quelque inquiétude que je ne dois pas passer soussilence. Après avoir eu peur des jésuites, j’eus peur des jansé-nistes et des philosophes. Ennemi de tout ce qui s’appelle parti,faction, cabale, je n’ai jamais rien attendu de bon des gens qui ensont. Les commères ai oient, depuis un temps, quitté leuranciennedemeure, et s’étoient établis tout à côté de moi ; en sorte que de