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Tome premier.
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564
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LES CONFESSIONS.

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mon instante prière il envoya chercher ma pauvre tante, qui seconsumoit dans la perplexité mortelle de ce que j’étois devenu etde ce qu’elle alloit devenir, et attendant à chaque instant leshuissiers, sans savoir comment se conduire et que leur répondre.La Roche l’amena au château, sans lui rien dire ; elle me croyoitdéjà bien loin : en m’apercevant, elle perça l’air de ses cris, et seprécipita dans mes bras. O amitié, rapport des cœurs, habitude,intimité 1 Dans ce doux et cruel moment se rassemblèrent tous lesjours de bonheur, de tendresse et de paix passés ensemble, pourme faire mieux sentir le déchirement d’une première séparation,après nous être à peine perdus de vue un seul jour pendant prèsde dix-sept ans. Le maréchal, témoin de cet embrassement, neput retenir ses larmes. Il nous laissa. Thérèse ne vouloit plus mequitter. Je lui fis sentir l’inconvénient qu’elle me suivit en cemoment, et la nécessité qu’elle restât pour liquider mes effets etrecueillir mon argent. Quand on décrète un homme de prise decorps, l'usage est de saisir ses papiers, de mettre le scellé sur seseffets, ou d'en faire l’inventaire , et d’y nommer un gardien. Ilfalloit bien qu’elle restât pour veiller à ce qui se passeroit, et tirerde tout le meilleur parti possible. Je lui promis qu’elle me re-joindroit dans peu : monsieur le maréchal confirma ma promesse ;•mais je ne voulus jamais lui dire où j’allois , afin que, interrogéepar ceux qui viendroient me saisir, elle pût protester avec véritéde son ignorance sur cet article. En l'embrassant au moment denous quitter, je sentis en moi-même un mouvement très extraor-dinaire, et je lui dis, dans un transport, hélas ! trop prophétique :Mon enfant, il faut t’armer de courage. Tu as partagé la prospé-rité de mes beaux jours; il te reste, puisque tu le veux, à parta-ger mes misères. N’attends plus qu’affronts et calamités à ma suite.Le sort que ce triste jour commence pour moi me poursuivrajusqu’à ma dernière heure.

Il ne me restoit plus qu’à songer au départ. Les huissiers avoientdû venir à dix heures. II en étoit quatre après midi quand je par-tis, et ils n’étoient pas encore arrivés. Il avoit été décidé que jeprendros la poste. Je n’avois point de chaise; monsieur le maré-chal me fit présent d’un cabriolet, et me prêta des chevaux et unpostillon jusqu’à la première poste, où, par les mesures qu’ilavoit prises, on ne fit aucune difficulté de me fournir des che-vaux.

Comme je n’avois point dîné à table, et ne m’étois pas montré