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Tome premier.
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LES CONFESSIONS.

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antique simplicité en toute chose , et tout cela malgré l’horreurdu sujet, qui dans le fond est abominable; de sorte qu’outre toutle reste, j’eus encore le mérite de la difficulté vaincue. Le Lévited’pÉhràim, s’il n’est pas le meilleur de mes ouvrages, en seratoujours le plus chéri. Jamais je ne l’ai relu, jamais je ne le reli-rai, sans sentir en dedans l’applaudissement d’un cœur sans fiel,qui, loin de s'aigrir par ses malheurs, s’en console avec lui-même,et trouve en soi de quoi s’en dédommager. Qu’on rassemble tousces grands philosophes, si supérieurs dans leurs livres à l’adver-sité qu’ils n’éprouvèrent jamais ; qu’on les mette dans une positionpareille à la mienne, et que, dans la première indignation del’honneur outragé, on leur donne un pareil ouvrage à faire : onverra comment ils s’en tireront.

En partant de Montmorency pour la Suisse, j’avois pris la réso-lution d’aller m’arrêter à Yverdun, chez mon bon vieux amiM. Roguin, qui s’y étoit retiré depuis quelques années, et quim’avoit même invité à l’y aller voir. J’appris en route que Lyonfaisoit un détour; cela m’évita d’y passer. Mais en revanche, ilfalloit passer par Besançon , place de guerre, et par conséquentsujette au même inconvénient. Je m’avisai de gauchir, et de pas-ser par Salins, sous prétexte d’aller voir M. deMairan, neveu deM. Dupin, qui avoit un emploi à la saline, et qui m’avoit fait jadisforce invitations de l’y aller voir. L’expédient me réussit; je netrouvai point M. de Mairan : fort aise d’êlre dispensé de m’ar-rêter, je continuai ma route sans que personne me dit un mot.

En entrant sur le territoire de Berne, je fis arrêter ; je descendisje me prosternai, j’embrassai, je baisai la terre, et m’écriai dansmon transport, Ciel, protecteur de la vertu, je te loue, je toucheune terre de liberté 1 C’est ainsi qu’aveugle et confiant dans mesespérances, je me suis toujours passionné pour ce qui devoit fairemon malheur. Mon postillon surpris me crut fou ; je remontaidans ma chaise, et peu d’heures après j’eus la joie aussi pureque vive de me sentir pressé dans les bras du respectable Roguin.Ah ! respirons quelques instants chez ce digne hôte ! J’ai besoind’y reprendre du courage et des forces ; je trouverai bientôt à lesemployer.

Ce n’ést pas sans raison que je me suis étendu, dans le récitque je viens de faire, sur toutes les circonstances que j’ai pu merappeler. Quoiqu’elles ne paroissent pas fort lumineuses, quandon tient une fois le fil de la trame, elles peuvent jeter du jour sur