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Tome premier.
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PABTIE II, 1IVBE xii, ( 1762.) 579

eux un langage que les esprits vulgaires n’entendront jamais. Cespetites bizarreries, semblables aux caprices d’une jolie femme,ne me rendoient milord maréchal que plus intéressant. J’ëtoisbien sûr, et j’ai bien éprouvé dans la suite, qu’elles n’influodentpas sur ses sentiments, ni sur les soins que lui prescrit l’amitiédans les occasions sérieuses. Mais il est vrai que, dans sa façond’obliger, il met encore la même singularité que dans ses maniè-res. Je n’en citerai qu’un seul trait sur une bagatelle. Comme lajournée de Motiers à Colombier étoit trop forte pour moi, je lapartageois d’ordinaire, en partant après dîné et couchant à Brot,à moitié chemin. L’hôte, appelé Sandoz, ayant à solliciter à Ber-lin une grâce qui lui iroportoit extrêmement, me pria d’engagerson excellence à la demander pour lui. Volontiers. Je le mène avecmoi ; je le laisse dans l’antichambre, et je parle de son affaire àmilord, qui ne me répond rien. La matinée se passe; en traver-sant la salle pour aller dîner, je vois le pauvre Sandoz qui se mor-fondoit d’attendre. Croyant que milord l’avoit oublié, je lui enreparle avant de nous mettre à table ; mot comme auparavant. Jetrouvai cette manière de me faire sentir combien je l’importunoisun peu dure, et je me tus en plaignant tout bas le pauvre Sandoz.En m’en retournant le lendemain, je fus bien surpris du remer-ciaient qu’il me fit, du bon accueil et du bon diner qu’il avoiteus chez son excellence, qui de plus avoit reçu son papier.Trois semaines après, milord lui envoya le reserit qu’il avoitdemandé, expédié par le ministre et signé du roi ; et cela, sansm’avoir jamais voulu dire ni répondre un seul mot, ni à luinon plus, sur cette affaire, dont je crus qu’il ne vouloit pas secharger.

Je voudrais ne pas cesser de parler de Georges Keith : c’est delui que me viennent mes derniers souvenirs heureux ; tout le restede ma vie n’a plus été qu'afflictions et serrements de cœur. La mé-moire en est si triste, et m’en vient si confusément, qu’il ne m’estpas possible de mettre aucun ordre dans mes récits : je seraiforcé désormais de les arranger au hasard et comme ils se pré-senteront.

Je ne tardai pas d’être tiré d’inquiétude sur mon asile, par laréponse du roi à milord maréchal, en qui, comme on peut croire,j’avois trouvé un bon avocat. Non seulement sa majesté approuva, ce qu’il avoit fait, mais elle le chargea ( car il faut tout dire ) de5 me donner douze louis. Le bon milord, embarrassé d’une parei lle