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commission, et ne sachant comment s’eti acquitter honnêtement,tâcha d’en exténuer l’insulte , en transformant cet argent en na-ture de provisions, et me marquant qu’il avoit ordre de me four-nir du bois et du charbon pour commencer mon petit ménage ; ilajouta même, et peut-être de son chef, que le roi me feroit vo-lontiers bâtir une petite maison à ma fantaisie, si j’en vouloischoisir l’emplacement. Cette dernière offre me toucha fort, et mefit oublier la mesquinerie de l’autre. Sans accepter aucune desdeux, je regardai Frédéric comme mon bienfaiteur et mon pro-tecteur , et je m'attachai si sincèrement à lui, que je pris dès-lorsautant d’intérêt à sa gloire que j’avois trouvé jusqu’alors d’in-justice à ses succès. A la paix qu’il fit peu de temps après, je té-moignai ma joie par une illumination de très bon goût : c’étoit uncordon de guirlandes, dont j ’ornai la maison que j’habitois, et oùj’eus, il est vrai, la fierté vindicative de dépenser presque autantd’argent qu’il m’en avoit voulu donner. La paix conclue, je crusque, sa gloire militaire et politique étant au comble, il alloit s’endonner une d’une autre espèce, en revivifiant ses états, en y fai-sant régner le commerce, l’agriculture, en y créant un nouveausol, en le couvrant d’un nouveau peuple, en maintenant la paixchez tous ses voisins, en se faisant l’arbitre de l’Europe, après enavoir été la terreur. Il pouvoit sans risque poser l’épée, bien sûrqu’on ne l’obligeroit pas à la reprendre. Voyant qu’il ne désar-moit pas, je craignis qu’il ne profitât mal de ses avantages, etqu’il ne fût grand qu’à demi. J’osai lui écrire à ce sujet (*), et,prenant le ton familier, fait pour plaire aux hommes de sa trempe,porter jusqu’à lui cette sainte voix de la vérité, que si peu derois sont faits pour entendre. Ce ne fut qu’en secret, et de moi àlui, que je pris cette liberté. Je n’en fis pas même participant mi-lord maréchal, et je lui envoyai ma lettre au roi, toute cachetée .Milord envoya la lettre, sans s’informer de son contenu. Le roin’y fit aucune réponse ; et quelque temps après milord maréchalétant allé à Berlin, il lui dit seulement que je l’avois bien grondé.Je compris par-là que ma lettre avoit été mal reçue, et que lafranchise de mon zèle avoit passé pour la rusticité d'un pédant.Dans le fond, cela pouvoit très bien être ; peut-être ne dis-je pasce qu’il falloit dire, et ne pris-je pas le ton qu’il falloit prendre.Je ne puis répondre que du sentiment qui m’avoit mis la plumeà la main.
(•) Le 50 octobre (762, Voyez la Correspondance.