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Tome premier.
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590 LES CONFESSIONS,

du conseil, qui se sentoit soutenu par le ministère de France, leurfirent mieux sentir le projet formé de les asservir. Ces altercaticnsproduisirent diverses brochures qui ne décidoient rien, jusqu’àce que parurent tout d’un coup les Lettres écrites de la campagie,ouvrage écrit en faveur du conseil, avec un art infini, et par le-quel le parti représentant, réduit au silence, fut pour un tempsécrasé. Cette pièce, monument durable des rares talents de sonauteur, étoit du procureur-général Tronchin (*), homme d’es-prit , homme éclairé, très versé dans les lois et le gouvernementde la république. S Huit terra.

(17G4.) Les représentants, revenus de leur premier abattement,entreprirent une réponse, et s’en tirèrent passablement avec letemps. Mais tous jetèrent les yeux sur moi, comme sur le seul quipût entrer en lice contre un tel adversaire, avec espoir de le ter-rasser. J’avoue que je pensai de même; et, poussé par mes anciensconcitoyens qui me faisoient un devoir de les aider de ma plumedans un embarras dont j’avois été l’occasion, j’entrepris la réfu-tation des Lettres écrites de la campagne, et j’en parodiai le titrepar celui de Lettres écrites de la montagne, que je mis aux mien-nes. Je fis et j’exécutai cette entreprise si secrètement, que, dansun reudez-vous que j’eus à Thonon avec les chefs des représen-tants. pour parler de leurs affaires, et où ils me montrèrent l’es-quisse de leur réponse, je ne leur dis pas un mot de la miennequi étoit déjà faite, craignant qu’il ne survînt quelque obstacle àl’impression, s’ilenparvenoit le moindre vent, soit aux magistrats,soit à mes ennemis particuliers. Je n’évitai pourtant pas que cetouvrage ne fût connu en France avant la publication; mais onaima mieux le laisser paroître, que de me faire trop comprendrecomment on avoit découvert mon secret. Je dirai là-dessus ce quej’ai su, qui se borne à très peu de chose ; je me tairai sur ce quej’ai conjecturé.

J’avois à Motiers presque autant de visites que j’en avois euà l’Ermitage et à Montmorency ; mais elles étoient la plupartd’une espèce fort différente. Ceux qui m’étoient venus voir jus-qu’alors étoient des gens qui, ayant avec moi des rapports de ta-lents , de goûts, de maximes, les alléguoient pour cause de leurs

(*) Jean-Robert Tronchin, qu'il ne faut pas confondre avec son cousin ThéodoreTronchin, médecin célèbre, dont il est parlé aux livres VIII et X. C'est ce dernierque Rousseau, dans sa Correspondance, désigne le plus souvent sans le nommer, enl'appelaut le jongleur.