PARTIE II, LIVRE XII. (1765.) Cil
ques pages, intitulée, la Vision de Pierre de la montagne ditle Voyant, dans laquelle je trouvai le moyen de tirer assez plai-samment sur les miracles qui faisoient alors le grand prétexte dema persécution. Du Peyrou fit imprimer à Genève ce chiffon, quin’eut dans le pays qu’un succès médiocre; les Neuchâtelois, avectout leur esprit, ne sentant guère leselattique ni la plaisanterie,sitôt qu’elle est un peu fine.
Je mis un peu plus de soin à un autre écrit du même temps,dont on trouvera le manuscrit parmi mes papiers, et dont il fautdire ici le sujet.
Dans la plus grande fureur des décrets et de la persécution, lesGenevois s’étoient particulièrement signalés, en criant haro detoute leur force; et mon ami Vernes entre autres, avec une géné-rosité vraiment théologique, choisit précisément ce temps-làpour publier contre moi des lettres où il prétendoit prouver que jen’étois pas chrétien. Ces lettres, écrites avec un ton de suffisance,n’en étoient pas meilleures, quoiqu’on assurât que le naturalisteBonnet y avoit mis la main : car ledit Bonnet, quoique matéria-liste, ne laisse pas d’être d’une orthodoxie très intolérante, sitôtqu’il s’agit de moi. Je ne fus assurément pas tenté de répondre àcet ouvrage : mais l’occasion s’étant présentée d’en dire un motdans les Lettres de la montagne , j’y insérai une petite note assezdédaigneuse, qui mit Vernes en fureur. 11 remplit Genève descris de sa rage, et d’Ivernois me marqua qu’il ne se possédoitpas. Quelque temps après parut une feuille anonyme, qui sem-bloit écrite, au lieu d’encre, avec l’eau du Phlégéton. On m’ac-cusoit, dans cette lettre, d’avoir exposé mes enfants dans les rues,de traîner après moi une coureuse de corps-de-garde, d’être usé
de débauche, pourri de v., et d’autres gentillesses semblables.
Il ne me fut pas difficile de reconnoître mon homme. Ma premièreidée, à la lecture de ce libelle, fut de mettre à son vrai prix toutce qu’on appelle renommée et réputation parmi les hommes, en
voyant traiter de coureur de b. un homme qui n’y fut de sa
vie, et dont le plus grand défaut fut toujours d'être timide ethonteux comme une vierge, et en me voyant passer pour être
pourri de v., moi qui non seulement n’eus de mes jours la
moindre atteinte d’aucun mal de cette espèce, mais que des gensde l’art ont même cru conformé de manière à n’en pouvoir con-tracter. Tout bien pesé, je crus ne pouvoir mieux réfuter ce li-belle qu’en le faisant imprimer dans la ville où j’avois le plus vécu;