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Tome premier.
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612
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612 LES CONFESSIONS,

et je l’envoyai à Duchesne pour le faire imprimer tel qu’il étoit,avec un avertissement où je nommois M. Vernes, et quelquescourtes notes pour l’élaircissement des faits. Non content d’avoirfait imprimer cette feuille, je l’envoyai à plusieurs personnes, etentre autres à M. le prince Louis de Wirtemberg, qui m’avoitfait des avances très honnêtes, et avec lequel j’étois alors en cor-respondance. Ce prince, Du Peyrou et d’autres, parurent douterque Vernes fût l’auteur du libelle, et me blâmèrent de l’avoirnommé trop légèrement. Sur leurs représentations, le scrupuleme prit, et j'écrivis à Duchesne de supprimer cette feuille. Guym’écrivit l’avoir supprimée ; je ne sais pas s’il l’a fait; je l’ai trouvémenteur en tant d’occasions, que celle-là de plus ne seroit pasune merveille ; et dès-lors j’étois enveloppé de ces profondes té-nèbres, à travers lesquelles il m’est impossible de pénétrer aucunesorte de vérité (*).

M. Vernes supporta cette imputation avec une modération plusqu’étonnante dans un homme qui ne l’auroit pas méritée, aprèsla fureur qu’il avoit montrée auparavant. Il m’écrivit deux outrois lettres très mesurées, dont le but me parut être de tâcherde pénétrer, par mes réponses, à quel point j’étois instruit, et sij’avois quelque preuve contre lui. Je lui fis deux réponses courtes,sèches, dures dans le sens, mais sans malhonnêteté dans lestermes, et dont il ne se fâcha point. A sa troisième lettre, voyantqu’il vouloit lier une espèce de correspondance , je ne répondisplus : il me fit parler par d’Ivernois. Madame Cramer écrivit àDu Peyrou qu’elle étoit sûre que le libelle n’étoit pas de Vernes.Tout cela n’ébranla point ma persuasion; mais comme enfin jepouvois me tromper, et qu’en ce cas je devois à Vernes une répa-ration authentique , je lui fis dire par d’Ivernois que je la lui fe-rois telle qu’il en seroit content, s’il pouvoit m’indiquer le véri-table auteur du libelle, ou me prouver du moins qu’il ne l’étoitpas. Je fis plus : sentant bien qu’après tout, s’il n’étoit pas cou-pable, je n’avois pas droit d’exiger qu’il me prouvât rien, je pris leparti d’écrire, dans un mémoire assez ample, les raisons de mapersuasion, et de les soumettre au jugement d’un arbitre que

r (*) Le libelle (huit pages in-8° sans date) dont il s'agit ici, a pour titre : Sentimentsdes citoyens, et a été réimprimé à Paris sous celui de Réponse aux Lettres de la mion-iagne. Ce libelle, que Ginguené n’hésite pas à qualifier iX exécrable, est de Voltaire ;un certificat de M. Wagnière, son secrétaire, a mis la chose hors de doute. — Le Sen-timent des citoyens a été inséré dans les dernières éditions des œuvres de Vol*taire.