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Tome premier.
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613
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PARTIE II, LIVRE XII. ( 1765 .) 613

Vernes ne pût récuser. On ne devineroit pas quel fut cet arbitreque je choisis : le conseil de Genève. Je déclarai à la fin du mé-moire que si, après l’avoir examiné et fait les perquisitions qu’iljugeroit nécessaires, et qu’il étoit bien à portée de faire avec suc-cès, le conseil prononçoit que M. Vernes n’étoit pas l’auteur dulibelle, dès l’instant je cesserais sincèrement de croire qu’il l’est,je partirais pour m’aller jeter à ses pieds, et lui demander pardonjusqu’à ce que je l’eusse obtenu. J’ose le dire , jamais mon zèleardent pour l’équité, jamais la droiture , la générosité de moname, jamais ma confiance dans cet amour de la justice, innédans tous lés cœurs, ne se montrèrent plus pleinement, plus sen-siblement , que dans ce sage et touchant mémoire, où je prenoissans hésiter mes plus implacables ennemis pour arbitres entre lecalomniateur et moi. Je lus cet écrit à Du Peyrou : il fut d’avisde le supprimer, et je le supprimai. Il me conseilla d’attendre lespreuves que Vernes promettoit. Je les attendis et je les attendsencore : il me conseilla de me taire en attendant; je me tus etme tairai le reste de ma vie, blâmé d’avoir chargé Vernes d’uneimputation grave, fausse et sans preuve, quoique je reste inté-rieurement persuadé, convaincu, comme de ma propre existence,qu'il est l’auteur du libelle. Mon mémoire est entre les mains deM. Du Peyrou. Si jamais il voit le jour, on y trouvera mes rai-sons, et l’on y connoîtra, je l’espère, l’ame de Jean Jacques, quemes contemporains ont si peu voulu connoître(').

Il est temps d’en venir à ma catastrophe de Motiers, et à mondépart du Val-de-Travers, après deux ans et demi de séjour, ethuit mois d’une constance inébranlable à souffrir les plus in-dignes traitements. Il m’est impossible de me rappeler nettementles détails de cette désagréable époque ; mais on les trouvera dansla relation qu’en publia Du Peyrou, et dont j’aurai à parler dansla suite.

(*) Ce passage des Confessions m'a fait une nécessité indispensable de publier cemémoire. On le trouvera donc ci-après, et, comme l'équité le proscrivolt, avec desnotes fournies par M. Vernes pour sa défense. {Nute de Du Peyrou.) (*;.

(') Par cette note, et par !e passage des Confessions auquel elle s'applique, Du Peyrou est suffi-samment justifié du reproche que Ginguené lui fait, d'avoir publié le mémoire dont il s'agit. Onle trouvera dans cette édition, sous le titre de Déclaration relative à M. Vei nes. Au reste, la fautede Rousseau, dit avec raison Ginguené , « se réduit à avoir injustement soupçonné M. Vernes« d'être l’auteur d’un libelle composé par Voltaire.» La faute de M, Vernes est de n'avoir point, duo vivant de Rousseau, répondu avec assez de franchise et de netteté à cette accusation , et surtou« d’avoir douué lieu au soupçon, en publiant quelque temps auparavant, dans un pays chrétien« et intolérant, un ouvrage où il prétendoit prouver que son ami Rousseau u’éloit pas chrétien. »( Lettres sur les Confessions , note 8. )